Les diamants sont-ils vraiment les meilleurs amis des femmes, comme le chantait Marilyn Monroe dans Comment épouser un millionnaire? Naomi Campbell le pense peut-être, mais la célèbre mannequin britannique nie en avoir reçu un de Charles Taylor, premier chef d’État africain à être jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la justice internationale.
Les accusations contre l’ex-président du Liberia s’empilent comme les montagnes d’os qu’il a laissées derrière lui pendant ses 10 ans de règne à la tête de ce petit pays fondé au XIXe siècle par d’ex-esclaves noirs américains. Depuis l’ouverture de son procès à La Haye en janvier 2008, Taylor, 62 ans, plaide non coupable à tous les chefs d’accusation, y compris celui d’avoir déstabilisé la minuscule Sierra Leone voisine pour faire main basse sur ses mines de diamants.
Ces derniers jours, l’accusation a tout fait pour avoir Naomi Campbell à la barre des témoins. Selon l’actrice Mia Farrow, la célèbre «panthère» noire des podiums aurait reçu un «énorme diamant» de Taylor, puisé dans une valise pleine de pierres précieuses devant servir à l’achat d’armes. C’était il y a 13 ans en Afrique du Sud, peu après un dîner en compagnie de Nelson Mandela. Farrow y était. Campbell nie tout et refuse de témoigner. Dommage…
Sa comparution permettrait de tresser la corde qui pendrait peut-être, Taylor. Une centaine de témoins ont déjà défilé devant le tribunal international. En vain. Le Canadien Ian Smillie, spécialiste de l’industrie du diamant en Afrique, a été le premier à témoigner. Selon lui, la guerre en Sierra Leone, qui a fait plus de 100 000 morts, était bel et bien alimentée par les «diamants de sang».
Aujourd’hui auteur et consultant indépendant, Smillie estime que si Naomi Campbell «a vraiment reçu un diamant de Taylor, je peux comprendre qu’elle soit nerveuse de l’admettre. De toute façon, je crois qu’il est trop tard pour qu’elle soit appelée à la barre» (échange de courriels).
Sans le témoignage de la top modèle, l’ex-dictateur va peut-être s’en sortir. À peine 1 % des criminels de guerre finissent par être inculpés par la justice internationale. Sur les quelque 300 guerres ayant ensanglanté le monde depuis 1945, les victimes n’ont obtenu réparation que dans une vingtaine de conflits. Qui a dit que la justice avait le bras long?