Les médias au Chili (et dans le monde) concentrent leur attention sur le sort des 33 ouvriers enterrés dans une mine du nord du pays et, plus récemment, sur la commémoration du bicentenaire de l’indépendance. Ils informent beaucoup moins sur un événement qui interpelle pourtant l’ensemble de la société chilienne : la grève de la faim entamée depuis deux mois par 34 membres d’une communauté indigène de l’ethnie mapuche, la plus importante du pays.
Essentiellement, les grévistes demandent que cesse la discrimination judiciaire dont ils font l’objet dans la justice chilienne.
En effet, pour réprimer leurs revendications, on applique la loi antiterroriste, qui impose des peines bien plus lourdes que celles de la législation civile ordinaire. De plus, certains des accusés sont soumis à une double condamnation, par les tribunaux civils et par les tribunaux militaires.
L’ironie de cette histoire est que la loi antiterroriste fut créée par la dictature de Pinochet, qui pratiquait le terrorisme d’État contre ceux qui se battaient contre ce régime. Et par la suite, cette loi a été maintenue et appliquée par les gouvernements élus démocratiquement contre des indigènes qui revendiquent des terres.
Les élites politiques, autant du gouvernement que de l’opposition, semblent aujourd’hui un peu plus sensibles à la demande des grévistes. Mais si jamais on parvient à trouver une solution au conflit actuel, il faudra plus tard régler les questions de fond : la demande de terres et d’autonomie administrative faites par les indigènes.
– José del Pozo, professeur d’histoire, UQAM