Michelle Obama aurait confié ce qui suit à Carla Bruni lors de la dernière visite officielle de Nicolas Sarkozy aux États-Unis : vivre à la Maison-Blanche, «ne m’en parle pas, c’est l’enfer. Je ne supporte pas!» Vrai ou faux? Peu importe. C’est sans doute ce que vit son époux. Sa cote de popularité est au plus bas. Le chômage est au plus haut, et le nombre de pauvres n’a jamais été aussi élevé.
Pas moins de quarante-quatre millions d’Américains, (43,6 millions pour être précis), soit une personne sur sept ou 14 % de la population, vivent sous le seuil de pauvreté. Du jamais vu, de mémoire de statisticien. Barack Obama peut toujours se consoler : son plan de soutien à l’économie de 787 G$ a permis à six millions de familles de ne pas rejoindre l’armada des pauvres.
Comme toujours, les plus démunis sont les Afro-Américains et les hispanophones. Ils ont massivement voté pour Obama en 2008 et restent, malgré tout, ses plus fidèles partisans. Pour la middle class, pivot du «rêve américain», l’insécurité économique n’a jaÂmais été aussi grande depuis 25 ans. Ironie de l’histoire, dans les pays émergents, la classe moyenne grossit à vue d’Å“il : elle est passée de 200 à 565 millions de personnes ces 10 dernières années. À moins d’un mois et demi des législatives de mi-mandat, tous ces chiffres publiés la semaine dernière, plus ceux du chômage (9,6 %) tombent mal pour l’administration Obama.
Les présidentielles sont dans deux ans. «2010 et 2012, c’est la même année!», commence-t-on à murmurer chez les démocrates. Mordre la poussière le 2 novembre ne revient pas forcément à perdre la Maison-Blanche mais les démocrates ne peuvent se permettre de voir fondre leur majorité au Sénat et à la Chambre. Le malaise américain se traduit politiquement par la montée en flèche du Tea Party, ce mouvement populiste qui fait le plein de tous les mécontents.
Ils sont nombreux et surtout radicaux. Plus de la moitié des Américains croient que la première année d’Obama à la Maison-Blanche a été un échec, malgré sa réforme de la santé et celle visant à freiner les excès de Wall Street. On le voit, le 44e président des États-Unis a de quoi être inquiet, même si son bilan est loin d’être négatif. Son calvaire est quotidien. Se croire en enfer, c’est y être déjà, pour paraphraser Rimbaud.