Elle était la doyenne de l’humanité. MorÂte dans son sommeil à 114 ans, Eugénie Blanchard caracolait encore la semaine dernière à la tête des 15 000 centenaires français. Ils sont 10 fois plus nombreux qu’au Québec. La France est en fait, avec le Japon, la championne mondiale du très grand âge. Au-delà de ce club fermé, c’est toute la question du vieillissement de la population mondiale qui se pose. Pour le meilleur et pour le pire.
C’est bien connu, les pays riches sont des pays vieux. Vivre à «l’âge d’or» y est depuis longtemps monnaie courante. On gagne en moyenne deux à trois mois d’espérance de vie par année depuis 1945. Qu’en est-il ailleurs? Une date et un pourcentage pour y répondre : en 2050, 80 % des plus de 60 ans vivront dans les pays pauvres, selon les statistiques de l’ONU.
Plus le Sud sort de sa misère, plus le taux de fécondité y chute et plus l’espérance de vie y grimpe. Seuls les habitants des pays d’AfriÂque subsaharienne vivent encore en moyenne une cinquantaine d’années. De maÂnière générale, le ralentissement démographique et la multiplication des têtes grisonnantes dans le monde permettra à la planète de respirer un peu mieux. Avec moins d’habitants, à la retraite ou non, elle aura moins chaud en recevant moins de CO2.
La mauvaise nouvelle? Vieillir a un impact sur tous les secteurs de l’activité humaine. Dans le pire des scénarios, cela pourrait déclencher une crise économique planétaire si la population active prend trop vite un coup de vieux. Pour l’heure, le Sud voudrait vraiment être riche avant de devenir vieux, comme le Nord. La Chine, compte déjà quelque 200 millions d’habitants de 60 ans et plus. Elle craint, par-dessus tout, les effets du troisième âge sur sa formidable santé économique.
L’autre mauvaise nouvelle? La grande majorité des pays du Sud n’a ni caisses de retraite ni assurances maladies. Vieillir, c’est bien, mais encore faut-il bien vieillir. Avec dignité. Comme le dit un dicton africain : «Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.» Mais, en attendant, qui s’occupera de ceux qui auront réussi à défier le temps? À cause des liens familiaux encore très forts, les vieux du tiers-monde seront moins isolés que leurs «frères» et «sÅ“urs» des pays riches. Mais ils seront beaucoup plus vulnérables à la maladie et à la pauvreté. On le voit, la bombe démographique du tiers-monde aura une mèche vraiment grise.