À 24 heures des élections de mi-mandat, Barack Obama doit sûrement penser à Ramsès II. Il y a 4 000 ans, le plus célèbre des pharaons égyptiens livra bataille aux puissants Hittites. Son grand génie fut de transformer sa défaite militaire à Qadesh, dans l’actuelle Syrie, en victoire politique, avec la signature du premier traité de paix de l’Histoire. Demain, les démocrates devraient perdre leur majorité à la Chambre des représentants et au Sénat. Le président américain en sortira-t-il affaibli pour autant?
Un scénario «à la Ramsès» permettra à l’actuel locataire de la Maison-Blanche de signer «un traité de paix» avec l’«ennemi», en l’occurrence les républicains. Un tel pacte forcera ces derniers à participer à la gestion des problèmes actuels des États-Unis. Ils feront des choix, prendront des décisions, au lieu de critiquer tous azimuts. Obama se placera alors au centre de l’échiquier. Sa politique de la main tendue pourrait même l’aider à remporter la présidentielle de 2012.
D’ici là, Obama aura bien sûr les mains liées. Il ne sera plus tout à fait libre de ses actes. Une bonne partie des réformes promises lors de sa campagne «Yes we can» d’il y a deux ans tombera à l’eau. Mais, pour l’opinion puÂbliÂque, il flottera au-dessus de la mêlée, bon prince, veillant au bien-être de la nation et non plus aux seuls intérêts de son parti. Si, au contraire, il décide de camper sur ses positions en refusant de composer avec les républicains, désormais majoritaires au Congrès, il pourra toujours les blâmer pour tout ce qui ne tourne pas rond. En politique, avoir un ennemi est payant, à tous coups. Il risque cependant d’hypothéquer le renouvellement de son bail au 1600 Pennsylvania Avenue.
Il risque aussi de donner plus de munitions au Tea Party, né en réaction à son plan de relance économico-financier de 787 G$. Collé idéologiquement aux républicains, le mouvement populiste gagne tous les jours du poids au sein du Parti de l’éléphant. Obama ne doit donc pas se tromper. S’il y a bel et bien déroute électorale demain pour les démocrates, il se retrouvera dans la même situation que Bill Clinton en 1994. Son prédécesseur avait alors opté pour la cohabitation avec les républicains, majoritaires au Congrès. Il en tira tous les profits puisqu’il fut réélu deux ans plus tard.
Après tout, mieux vaut un mal d’un moment en pactisant avec l’ennemi, pour un bien qui dure : être réélu et assurer sa place dans les livres d’histoire. Ramsès II a de nombreux émules.