Steve Côté/Métro La ligne rouge démontre le tracé du pipeline Trans-Nord dans la région de Montréal.

Deux membres de l’Office national de l’énergie (ONÉ) croient que le pipeline Trans-Nord, construit en 1952 et reliant Montréal à Nanticoke, en Ontario, devrait être complètement fermé de façon temporaire.

Dans une décision de l’ONÉ rendue en septembre, qui impose pour la quatrième fois depuis 2009 de nouvelles ordonnances de sécurité à Trans-Nord (TNPI) en raison d’événements où la pression du produit dans le pipeline dépasse la limite permise, deux membres affirment ne pas croire que de nouvelles ordonnances aient l’effet escompté.

«TNPI a disposé de six années pour se conformer à plusieurs ordonnances de sécurité émises par l’ONÉ, mais elle ne l’a pas fait. Nous ne sommes pas confiants qu’une autre ordonnance de sécurité garantirait que les changements nécessaires pour assurer la sécurité du pipeline seront effectués cette fois-ci», écrivent Mike Richmond et James Ballem.

«Jusqu’à ce que ces mesures soient mises en place, nous croyons qu’il aurait été préférable de fermer complètement le pipeline dans l’intérim», ajoutent-ils.

L’ONÉ a de nouveau imposé des restrictions à Trans-Nord en septembre, puisque celle-ci n’a pas respecté toutes les conditions qui lui avaient été transmises en 2009 et 2010 pour continuer à exploiter son pipeline, qui aboutit à Montréal-Est et à l’aéroport Pierre-Elliot-Trudeau, en passant par Laval.

Dans sa nouvelle ordonnance, l’ONÉ ordonne entre autres une baisse de 30% de la pression maximale du produit circulant dans le pipeline de TNPI. D’autres importantes lacunes sur le pipeline avaient été soulevées dans des documents internes de l’ONÉ obtenus par Métro en février.

«C’est extrêmement inquiétant de voir que deux membres de l’ONÉ disent qu’ils considèrent que le pipeline devrait être fermé, et que ça continue à opérer.» – Patrick Bonin, porte parole de Greenpeace Québec

Pour le porte parole de Greenpeace Québec, Patrick Bonin, il est inquiétant que TNPI n’ait pas réussi à régler ses problèmes de surpressions, six ans plus tard.

«Ça soulève d’importantes questions. On a une entreprise qui a été reconnue fautive dans le passé à plusieurs reprises, qui a eu des déversements. Comment se fait-il que l’encadrement n’est pas plus serré ?», s’exaspère-t-il.

Dans un courriel acheminé à Métro, TNPI affirme avoir mis en place les baisses de pression réclamées par l’ONÉ et avoir mandaté une tierce partie indépendante pour surveiller ses progrès.

«Au cours des dernières années, nous avons entrepris plusieurs mesures pour bonifier nos programmes de maintenance préventive et nos techniques d’inspection pour corriger plusieurs déficiences», a-t-on écrit.

Des surpressions à répétition

Ce n’est pas la première fois que le pipeline de Trans-Nord (TNPI), construit en 1952 et méconnu du public, fait l’objet d’ordonnances de sécurité de la part de l’ONÉ.

En 2010, l’ONÉ avait déjà ordonné à TNPI de réduire de 20% la pression permise sur son réseau. Or, depuis cette date, quelque 11 événements ont été répertoriés par l’ONÉ où la pression du produit dans le pipeline a dépassé la limite maximale permise, dont un en juin à Saint-Lazare, près de Vaudreuil-Dorion, en Montérégie.

En février, Métro avait dévoilé plusieurs lacunes sécuritaires sur ce pipeline, dont, justement, deux événements de surpression qui n’avaient pas été détectées par (TNPI) et qui n’avaient pas été signalées à l’ONÉ.

Dans des documents de l’ONÉ obtenus en vertu de l’accès à l’information, Métro avait aussi découvert qu’une pièce de caoutchouc datant de 1972 avait causé un déversement de 15000 L de diesel à Laval, en février 2010. Un autre déversement la même année, cette fois-ci à Montréal-Est, avait nécessité qu’on retire 202 millions de litres d’eau du site lors des opérations de nettoyage.

En juin, des citoyens avaient remarqué à Saint-Lazare qu’une portion du pipeline avait été exposé aux intempéries, sans que l’entreprise ne s’en rende compte.

Dans un courriel adressé à Métro, l’ONÉ affirme que les événements de surpression survenus sur le pipeline Trans-Nord ne comportent aucun risque pour l’environnement ou pour la sécurité des Montréalais.

Pour le porte parole de Greenpeace Québec, Patrick Bonin, il y a là la preuve que le gouvernement doit «réformer de fond en comble» l’ONÉ.

«On parle de sécurité. On ne peut pas couper les coins ronds, autant du côté de l’entreprise que du côté de l’ONÉ», juge-t-il.

Le cabinet du maire de Montréal, Denis Coderre, estime que l’ordonnance émise par l’ONÉ prouve que l’organisme accomplit son travail. «Nous nous sommes déjà adressés à l’ONÉ pour qu’il assure un suivi auprès de TNPI. La compagnie doit aussi prendre ses responsabilités et appliquer immédiatement les mesures correctives que l’ONÉ lui a imposées à plusieurs reprises afin d’assurer la sécurité de la population et de l’environnement», a fait savoir dans un courriel l’attaché de presse du maire, Marc-André Gosselin.

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