C’est la fin pour la Médiathèque littéraire Gaëtan-Dostie, du moins dans son emplacement actuel sur la rue de la Montagne. Le musée de la littérature française d’Amérique du Nord devra fermer ses portes au public vendredi.

Un événement sera d’ailleurs tenu à 11h (vendredi) à la Médiathèque pour protester son expulsion, prononcée en juin par la Commission scolaire de Montréal (CSDM), propriétaire du bâtiment. La CSDM argue que des infiltrations d’eau dans le sous-sol ont causé des moisissures et que d’importants travaux doivent être exécutés pour réhabiliter le bâtiment.

Située dans un bâtiment historique du centre-ville depuis 2008, la Médiathèque se veut un dernier oasis culturel parmi la jungle de tours à condos qui pullulent tout autour. Dans la collection parfois désordonnée, mais préservée avec minutie et amour par Gaëtan Dostie, on retrouve des bijoux irremplaçables de l’histoire des lettres au Québec : une copie originale du Refus global, un manuscrit de Nelligan, une copie du premier roman à être censuré au Québec, La Scouine, d’Albert Laberge, dont seulement une soixantaine de copies ont été imprimées, selon M. Dostie.

«L’héritage qu’il y a ici devrait être un outil pour les professeurs de la commission scolaire, déplore-t-il. Ici, c’est le dernier îlot francophone dans le secteur. Si on veut créer un parfait ghetto anglophone, on a juste à vendre ça aux spéculateurs.»

Justement, M. Dostie ne croit pas aux explications de la CSDM. Il juge plutôt que la commission scolaire entend condamner le bâtiment pour pourvoir vendre le terrain à des spéculateurs immobiliers.

«Les architectes nous ont dit que c’est le plus beau bâtiment que possède la commission scolaire. Mais il dérange, sur un terrain qui vaut très cher. S’il pouvait disparaitre, la valeur du terrain augmenterait, pense-t-il. On zieute les investisseurs chinois.»

À la CSDM, on a nié catégoriquement vouloir vendre le bâtiment ou le terrain. Le bâtiment sera réhabilité et servira comme école pour la population grandissante du centre-ville, avance-t-elle.

«Il n’est pas question pour nous de se départir d’un bâtiment à valeur patrimonial. On est conscient de notre responsabilité», a assuré à Métro la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon.

Elle affirme que d’importants travaux de maintenance ne peuvent pas avoir lieu alors qu’il est occupé. Métro a pu consulter un rapport de quelque 700 pages préparé par les firmes Casoni et WSP pour évaluer l’état du bâtiment, qui estime les coûts de la réhabilitation à plus de 12 M$ sur 5 ans.

Mme Harel-Bourdon reconnaît l’importance culturelle de la Médiathèque, et a d’ailleurs envoyé une lettre au ministre québécois de la Culture, Luc Fortin, lui demandant d’aider l’organisme à trouver refuge.

«L’avenir de la médiathèque, il est possible d’y trouver un autre endroit, affirme-t-elle. Il faut différencier l’avenir de la médiathèque et l’avenir du bâtiment. Pour le bâtiment, nous allons y mettre des investissements, mais ça sera pour nos propres élèves.»

Pour M. Dostie, c’est l’incertitude. Il estime les coûts d’un éventuel déménagement de sa précieuse collection à plus de 10 000$. Privée de sa seule source de financement, les visites, la Médiathèque se tournera vraisemblablement vers une campagne de levée de fonds, reconnaît-il.

«On n’a jamais eu l’aide d’aucun gouvernement. La culture, au Québec, c’est un parent pauvre», lance-t-il.

La CSDM a offert un sursis jusqu’en mars pour que la Médiathèque puisse trouver de nouveaux locaux. L’endroit devra par contre demeurer fermé au public d’ici le déménagement.

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