Élections – Les circonscriptions à surveiller ce soir à Montréal
Les résultats du vote d’aujourd’hui s’annoncent comme étant les plus imprévisibles des dernières années. Si les sondeurs voient une victoire presque assurée pour le Parti québécois, plusieurs configurations demeurent possibles à l’Assemblée nationale, d’un gouvernement majoritaire à la minorité la plus ténue de notre histoire. Et, pour une fois, Montréal sera un des champs de bataille les plus intéressants de la soirée. Voici les circonscriptions à surveiller sur l’île de Montréal.
Combien de gains pour le PQ?
Entendons-nous: la moitié ouest de l’île ne changera pas de couleur. Le rouge libéral est bien implanté entre Saint-Laurent et Senneville et ne perdra pas de son éclat cette année. Mais le centre et l’est? Tout est possible.
La situation est particulièrement intéressante pour le Parti québécois (PQ). Limitée à une seule circonscription sur l’île de Montréal en 2022 – celle de son chef, et l’un des deux seuls sièges remportés par le parti à travers le Québec – la formation de Paul St-Pierre Plamondon est en bonne posture pour arracher au moins un des fiefs de la Coalition Avenir Québec (CAQ) sur l’île. Pointe-aux-Trembles, le siège de la ministre Chantal Rouleau, est en jeu.
Puis, il y a les circonscriptions de Québec solidaire. Probablement pas celles du Plateau. Mais Rosemont? Peut-être. Ou Maurice-Richard, la circonscription de Haroun Bouazzi. Ou encore Hochelaga-Maisonneuve. Toutes sont des circonscriptions historiquement péquistes qui sont passées aux mains de QS en 2018.
Ces batailles ne sont pas anodines. Les dernières projections de sièges laissent entendre que la majorité du PQ se joue à quelques sièges seulement. Si de larges pans du Québec sont pressentis pour passer du bleu clair de la CAQ au bleu foncé péquiste, y compris dans les banlieues de Montréal, le PLQ conserve sa mainmise sur de nombreuses circonscriptions et le Parti conservateur du Québec pourrait signer de nombreuses victoires dans la région de Québec. Un gain de plus ou de moins sur l’île pourrait faire la différence entre un gouvernement majoritaire ou minoritaire.
La CAQ et QS jouent leur crédibilité
Le portrait est bien moins rose pour Québec solidaire. Depuis l’élection d’Amir Khadir en 2008, le parti a augmenté sa députation à chaque élection générale. Aujourd’hui, la situation laisse présager un certain revirement.
En 2018 et en 2022, le parti a prouvé sa pertinence en sortant pour la première fois de ses bastions du Plateau et de Rosemont–La Petite-Patrie. Non seulement QS a augmenté sa députation à Montréal, il a aussi percé à Québec, à Sherbrooke et à Rouyn-Noranda.
Cette fois-ci, le PQ lorgne la majorité des circonscriptions de QS, à Montréal comme ailleurs, et le Parti libéral du Québec (PLQ) en zyeute d’autres. QS pourrait s’en tirer sans trop de dégâts, mais une mobilisation plus faible que prévu des troupes solidaires pourrait faire reculer le calendrier jusqu’en 2014, alors qu’Amir Khadir, Françoise David et Manon Massé étaient bien seuls au centre de l’île.
Quant à la CAQ, les sondages laissent bien peu d’espoir sur l’île de Montréal. Le parti pourrait se retrouver comme bon nombre de partis de la droite politique: incapables de se faire élire dans les grandes métropoles du pays. Les sondages laissent même entrevoir la possibilité que la CAQ ne fasse élire aucun député à travers la province.
Les circonscriptions à surveiller
Maurice-Richard (Ahuntsic-Cartierville)
Maurice-Richard, dans la portion est d’Ahuntsic-Cartierville, sera vraisemblablement la circonscription la plus intéressante le 5 octobre. Une lutte à trois s’y dessine entre le PQ, QS et le PLQ.
Maurice-Richard, c’est aussi là que siégeait jusqu’à tout récemment Haroun Bouazzi. M. Bouazzi a été critiqué à quelques reprises, notamment pour avoir insinué qu’il y avait du racisme à l’Assemblée nationale.
Cette circonscription sert souvent de baromètre de l’opinion publique à Montréal. Des élections de 1973 à celles de 2014, les électeurs ont presque toujours opté pour le parti qui a finalement remporté les élections. Sauf pour le passage de Lisette Lapointe du PQ pendant l’ère Jean Charest. En 2018, Maurice-Richard est restée libérale malgré l’arrivée de la CAQ au pouvoir. Quatre ans plus tard, elle rejoignait Québec solidaire.
Selon l’agrégateur de sondages Qc125.com, c’est le meilleur pari du PQ pour arracher un siège à Québec solidaire. Le parti de Paul St-Pierre Plamondon est donné vainqueur avec 32% des intentions de vote, contre 29% pour le PLQ et 24% pour QS.
Rosemont
L’ancienne circonscription de Vincent Marissal. Rosemont était autrefois un bastion péquiste, ravi par Québec solidaire en 2018. La candidature de Marissal pour QS était d’ailleurs vue avec suspicion par certains observateurs, lui qui n’était pas réputé spécialement proche du parti. Il n’a surpris personne cette fois-ci lorsqu’il a tenté de se présenter pour le PQ à Québec, avant qu’une entorse au code d’éthique des élus ne le force à abandonner la course.
En date du 30 septembre, Qc125.com donnait QS comme favori dans Rosemont, mais par une avance de seulement un points de pourcentage. Si le PQ espère retrouver les quartiers centraux de Montréal, sa meilleure option se trouve ici.
Hochelaga-Maisonneuve
Néanmoins, tout juste au sud de Rosemont se trouve la circonscription d’Hochelaga-Maisonneuve. Un autre bastion péquiste devenu solidaire en 2018.
Le secteur semble vivre un recentrage politique. Au municipal, l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve avait quitté le giron du parti centriste Ensemble Montréal en 2017 pour passer deux mandats avec le parti plus à gauche de Valérie Plante, Projet Montréal. La situation s’est renversée l’automne dernier.
Qc125.com indique que le PQ est seulement deux points de pourcentage derrière QS dans Hochelaga-Maisonneuve, mais avec un grand écart de confiance. Un retour aux sources péquistes n’est pas exclu.
Verdun
Verdun est un autre gain récent de QS, cette fois arraché des mains du Parti libéral en 2022. Et les libéraux aimeraient bien reprendre la circonscription.
Ici, les racines libérales sont profondes. Alejandra Zaga Mendez est la seule non-libérale à avoir représenté le secteur de toute son histoire. Est-ce que 2022 se révélera l’exception qui confirme la règle, ou bien QS réussira-t-il à conserver un siège qu’il a obtenu par la peau des fesses?
Ici, les sondages donnent une avance de plusieurs points au PLQ.
Laurier-Dorion
Un autre secteur que les libéraux aimeraient bien reprendre des mains de Québec solidaire. Andres Fontecilla a été élu avec de confortables majorités en 2018 et en 2022, mais l’histoire d’amour pourrait-elle se terminer?
Ici aussi, la tradition est plutôt libérale. Mais M. Fontecilla est un des visages les plus connus de QS. Sa présence sera-t-elle suffisante pour résister aux vents contraires?
St-Henri-Sainte-Anne
Saint-Henri–Sainte-Anne est le gain le plus récent de Québec solidaire. Le parti a augmenté son vote dans cette circonscription à chaque nouvelle élection, si bien qu’il a pu le ravir aux libéraux dans une élection partielle en 2023.
Cette circonscription, fief de l’ex-cheffe libérale Dominique Anglade, épouse grosso modo les frontières de l’arrondissement du Sud-Ouest. Au niveau municipal, cet arrondissement est passé aux mains du parti de gauche Projet Montréal depuis belle lurette. Québec solidaire compte bien confirmer ce virage à gauche au niveau provincial également.
En date du 30 septembre, Qc125.com indiquait que Saint-Henri–Sainte-Anne était un siège «pivot», qui pourrait tout aussi bien passer du côté libéral que rester dans le giron solidaire.
Anjou–Louis-Riel
Anjou est normalement un bastion du PLQ. Mais Karine Boivin-Roy a réussi à mettre un terme à 24 années de règne libéral en arrachant ce comté pour la CAQ en 2022. Réussira-t-elle à conserver son gain?
Tout semble indiquer que non. Au niveau national, la CAQ est en difficulté et son vote n’est pas assez concentré pour lui permettre de conserver plus que quelques sièges.
Au niveau local, Qc125.com donne une large avance au Parti libéral. La CAQ serait en troisième position (13%).
Pointe-aux-Trembles
Chantal Rouleau est la première élue à permettre aux troupes de François Legault d’avoir une présence à Montréal, aux côtés de Richard Campeau dans Bourget. Élue en 2018, elle était ministre de la Solidarité sociale et ministre responsable de la métropole au moment du lancement de la présente campagne.
Ancienne élue municipale, Chantal Rouleau est bien connue et respectée dans Pointe-aux-Trembles. Mais elle a été écorchée lors de la grève du milieu communautaire au printemps dernier.
Si la baisse des appuis de la CAQ au niveau national se manifeste semblablement dans Pointe-aux-Trembles, le Parti québécois devrait remporter cette circonscription haut-la-main. En date du 30 septembre, Qc125.com donnait le PQ largement vainqueur.