Mario Beauregard/Métro Jean-Nicolas Guillemette

Uber craint que le projet pilote négocié avec le gouvernement ait un effet dissuasif sur ses chauffeurs au Québec.

L’entreprise a réagi pour la première fois lundi matin au projet pilote adopté cet été par le gouvernement du Québec qui encadre ses activités pour la prochaine année.

Uber reconnait que cette règlementation lui permettra de poursuivre ses activités, mais s’inquiète des effets contraignants de ce projet pilote pour ses chauffeurs.

 Le directeur général d’Uber au Québec, Jean-Nicolas Guillemette, estime que l’imposition du permis de conduire de classe 4C – le permis imposé à tous les chauffeurs de taxi – aux chauffeurs Uber constitue une «barrière à l’entrée» et craint que cela en décourage certains, particulièrement ceux qui utilisent la plateforme Uber à temps partiel en n’offrant que 5h ou 10h par semaine de travail.

Questionné sur le sujet, M. Guillemette précise toutefois qu’il n’y a pas actuellement de départ massif des chauffeurs de la plateforme et que plusieurs continuent même de s’y inscrire quotidiennement. Il estime que les effets du projet pourront être mieux étudiés dans les prochaines semaines, alors que les chauffeurs ont jusqu’au 9 décembre pour obtenir leur permis de conduire de classe 4C et se conformer au projet pilote. L’obtention de ce permis nécessite au moins deux visites aux bureaux de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Les chauffeurs doivent compléter un questionnaire ainsi qu’un examen médical. Avant l’adoption du projet pilote, Uber ne demandait à ses chauffeurs que l’obtention d’un permis de conduire de classe 5, le permis que possède la plupart des particuliers.

«On n’est pas en mesure de voir si ces chauffeurs (à temps partiel) vont quitter ou non. On constate une augmentation du nombre de personne qui sont intéressés à venir conduire sur la plate-forme. Les nouveaux chauffeurs doivent avoir déjà obtenu le permis 4C avant d’entrer sur la plate-forme. C’est un processus qui prend quelques semaines. On est encore en train de faire des évaluations, ça va prendre quelque mois pour être en mesure de vraiment saisir les [effets réels]», a précisé M.Guillemette.

Le directeur général déplore également les effets de ce projet pilote qui empêchera les chauffeurs sourds de travailler sur la plateforme et ajoute que la taxe de 0,90$ imposée sur chaque course est la plus élevée au Canada, alors que les autres villes ont plutôt imposé une redevance entre 0,10$ et 0,30$.

«En participant au projet pilote, nous voulons continuer à servir nos utilisateurs et à démontrer que nous pouvons et voulons fonctionner dans un cadre règlementaire. Nous pouvons travailler avec le gouvernement pour étudier les impacts de la nouvelle règlementation qui est complexe et contraignante. Nous pourrons poursuivre l’étude des impacts au courant des prochains mois», a commenté Jean-Nicolas Guillemette.

Uber souhaite ultimement encourager la population à modifier ses habitudes, à délaisser sa voiture personnelle et à limiter la congestion routière.

L’une des conditions imposées à Uber pour se conformer au projet pilote était l’obtention d’un permis d’intermédiaire de taxi (le même que doivent se procurer des compagnies comme Taxi Diamond ou Taxi Coop). La Commission des transports du Québec (CRT) lui a délivré ce permis il y a un peu plus d’une semaine, malgré que plusieurs chauffeurs de taxi s’y soient opposés. L’obtention de ce permis d’intermédiaire aurait normalement nécessité la tenue d’une audience publique, mais le ministre des Transports a ordonné, par décret, à la CRT de délivrer ce permis à Uber sans délai afin d’amorcer le projet pilote et qu’Uber puisse travailler dans un cadre légal.

Le Bureau du taxi de Montréal a cessé de saisir des voitures Uber depuis environ une semaine.

Uber contestait jusqu’à maintenant toutes les contraventions pour transport illégal émises par le BTM et reçues par ses chauffeurs. Toute ces contestations restent devant la cour. Aucune date d’audience n’a été émise jusqu’à maintenant.

L’industrie du taxi a contesté devant les tribunaux ce projet pilote. Les injonctions provisoires qu’ils ont demandées pour suspendre le projet pilote ainsi que les activités d’Uber leur ont été refusées. Les premières audiences sur le fond de la question auront lieu en janvier 2017.

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