Les organismes montréalais d’aide demandent à Québec de tripler son offre en soutien communautaire, car construire des logements sociaux n’est pas suffisant pour briser le cycle de la précarité, selon eux.

Pour arriver à convaincre Québec, ces organismes chapeautés par la Fédération des OSBL d’habitation de Montréal (FOHM) ont lancé lundi une campagne intitulée «Logement social: 4 murs ce n’est pas assez».

Actuellement, les organismes montréalais offrent environ 17 000 places de logements à des personnes à risque d’itinérance, à des aînés en statut précaire, ou à des personnes ayant des troubles de santé mentale. Or, faute de financement adéquat de Québec (3M$ par an actuellement), le tiers seulement de ces places peuvent compter sur des intervenants en soutien communautaire.

Ces derniers sont chargés d’aider les occupants à faire leurs démarches administratives pour obtenir les aides auxquelles ils ont droit, mais aussi à organiser des activités pour créer un réel milieu de vie dans l’édifice d’hébergement, et ce, afin de briser l’isolement qui cause plus de maux qu’on ne le croit.

«C’est fou à dire, mais je rencontre fréquemment des gens qui préfèrent retourner dans les refuges pour itinérants parce qu’ils ne sont pas capables de vivre seuls quand on leur donne une chambre sans qu’il n’y ait personne autour pour les accompagner. C’est important d’arriver à créer un sentiment d’appartenance», explique Isabelle Leduc, directrice de l’organisme Chambre Clerc qui offre 32 chambres à des personnes proches de l’itinérance.

Selon un sondage réalisé à l’hiver 2015 auprès de 1777 locataires, dont 68% venaient directement de la rue, le taux de maintien en logement était supérieur à trois ans pour 70% d’entre eux. Parmi les activités préférées, on retrouvait les repas communautaires, les sorties et les activités de voisinage, mentionne Claudine Larin, directrice de la FOHM.

«Quand on fait du soutien communautaire, on tisse des liens de confiance. Ce sont des gens qu’on côtoie tous les jours, avec qui on mange. Ce ne sont pas juste des locataires», illustre Christine McCarthy, directrice financière de La Traversée, un organisme qui regroupe 13 ressources d’hébergement.

La plus spectaculaire de ces ressources est probablement, celle de la rue Fullum, un ancien couvent admirablement rénové qui abrite désormais des personnes âgées, l’organisme Chambre Clerc et des entreprises d’économie sociale qui cohabitent ensemble, signe que la précarité n’est pas une maladie contagieuse et qu’elle doit être combattue avec le cœur et pas uniquement à coup de subventions.

Malgré cela, l’argent reste le nerf de la guerre et Pierre Gaudreau a interpelé lundi le gouvernement pour qu’il ne finance pas uniquement des logements à travers le programme AccèsLogis, mais aussi le soutien communautaire qui l’accompagne. «Avec 7M$ de plus, on pourrait ajouter environ 100 intervenants sur le terrain et en avoir dans toutes les ressources qui n’en ont pas actuellement», ajoute-t-il en interpelant le maire Coderre pour qu’il intervienne.

Dans son dernier budget, le gouvernement Couillard a prévu environ 1M$ de plus par an pour la stabilité résidentielle dans la lutte à l’itinérance, mais des groupes communautaires craignent que cette formulation n’indique que le gouvernement privilégie le programme Chez soi, un programme fédéral où le gouvernement subventionne les loyers dans des logements privés où la supervision est plus clinique et moins fréquente qu’en milieu communautaire.

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