Pousser Ottawa à mettre en place une taxe nationale d’accise sur les boissons sucrées, telle est l’idée de deux élus montréalais qui comptent pousser l’Hôtel de ville à porter ce dossier devant le gouvernement fédéral.

«Il y a un lien direct, prouvé, entre la consommation des boissons sucrées et l’obésité. Il faut désormais une taxe nationale pour prévenir l’obésité, réduire des cas de diabète et sauver des vies», martèle le chef de Coalition Montréal, Marvin Rotrand, qui présentera une motion en ce sens lundi, à l’occasion de la prochaine séance du conseil municipal.

Soutenu dans sa démarche par le maire d’Anjou, Luis Miranda, Marvin Rotrand avait déjà formulé une telle demande à la fin de l’année 2014. Son texte n’avait cependant pas obtenu le consensus de l’administration de l’époque.

Depuis, les avis ont évolué, assure-t-il. Il se dit «très confiant» de convaincre tous les élus montréalais d’adopter cette motion à l’unanimité. Au cours de sa campagne électorale, l’ex-maire Denis Coderre avait d’ailleurs fait part de son intention de créer une taxe municipale sur les boissons sucrées. Le chiffre de 5% avait été évoqué.

Une taxe municipale ne serait cependant pas l’idéal, juge l’élu. «Les gens n’auront qu’à aller à Westmount pour payer moins cher. Il faut une taxe qui touche tous les territoires», détaille-t-il.

Taxe de 20%
S’appuyant sur une étude réalisée en 2016 par l’Université de Waterloo, le conseiller de Snowdon imagine une taxe de 20%, qui serait payée par les producteurs. Cette taxe, qui serait notamment réinvestie dans des campagnes de prévention, permettrait de prévenir 800 000 cas d’obésité, 200 000 cas de diabète de type 2 et 8 000 accidents vasculaires. Des économies de 11,5G$ pourraient également être faits à l’échelle nationale, d’après l’étude.

«Les arguments sont forts et c’est facile à appliquer», explique M. Rotrand, avant de défendre le rôle d’une Ville comme Montréal sur cet enjeu «prioritaire».

«Une Ville ne sert pas qu’à remplir des nids-de-poule. Elle peut être un acteur privilégié, en enlevant par exemple de la malbouffe dans des distributrices ou en faisant la promotion de fruits en légumes. Ce n’est pas notre juridiction, mais on peut avoir une volonté pour faire avancer ce dossier», ajoute-t-il, précisant que le conseil municipal de Toronto devrait lui-aussi se pencher prochainement sur une demande similaire.

Alors qu’un adolescent consommerait près d’un demi-litre de boissons sucrées par jour et qu’un enfant canadien sur quatre est en surpoids, «il est temps de tirer la sonnette d’alarme», clame le directeur des relations gouvernementales à la Fondation des maladies du cœur et AVC, Kevin Bilodeau.

«Pour sauver des vies, on n’a pas besoin d’être médecin. Si rien n’est fait, les conséquences vont être coûteuses en vie pour certains et en qualité de vie pour d’autres», reprend-il.

Même si cette taxe pourrait entraîner une augmentation du coût des boissons sucrées, dont seraient victimes les familles défavorisées «qui sont de grands consommateurs», la directrice de la Coalition Poids salue cette initiative, Corinne Voyer.

«Cette taxe enverrait un signal et un message fort. Ça informerait la population à adopter une consommation plus modérée, indique-t-elle. On pourrait ensuite réinvestir cet argent dans l’accès aux aliments sains.»

Appui des partis
Les deux principaux partis montréalais ont déjà fait part de leur soutien.

«C’est un enjeu de santé publique que nous étudions avec sérieux», a certifié Rosannie Filato, responsable du développement social au sein de l’administration Plante, qui compte «bonifier» ce texte d’ici le prochain conseil municipal, afin qu’il soit «réaliste et applicable de façon graduelle.»

Lionel Perez, le chef de l’opposition, souhaite même aller encore plus loin. Ce dernier aimerait «que les villes reçoivent une part des revenus de cette taxe, de façon à ce qu’elles puissent réinvestir ces sommes dans un fonds consacré aux saines habitudes de vie.»

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