Josie Desmarais Denis Coderre

Le maire sortant de Montréal, Denis Coderre, envisage d’imposer une redevance sur la vente de boissons sucrées sur le territoire montréalais, s’il est réélu. Cette taxe pourrait s’élever à 5%, a indiqué le candidat à la mairie.

L’argent recueilli servirait à financer des organismes qui œuvrent dans le domaine de la sécurité alimentaire ou d’autres initiatives en santé, a expliqué jeudi celui qui brigue un second mandat, disant qu’il souhaite «diversifier les revenus de la ville». «On sait que ça va avoir un impact sur le plan comportemental», croit M. Coderre, qui évoque le fléau du diabète de type-2.

Questionné à savoir s’il était légalement possible pour la Ville d’imposer une telle taxe, le maire sortant a dit qu’il avait une «capacité de redevance» et qu’il «regarde avec le service des finances en ce moment». Il a pris exemple sur la redevance de 0,05$ prélevée à l’achat d’un sac de plastique. La façon dont cette taxe sera perçue, c’est-à-dire si ce seront les commerçants ou les consommateurs qui paieront, reste à déterminer.

«On va devoir regarder le pourcentage par rapport à ce que ça rapporte», a simplement mentionné M. Coderre, ajoutant qu’il en a parlé avec le maire de New York, Bill de Blasio. Une telle taxe avait été envisagée à New York vers 2010, mais le lobby du soda avait eu raison de la motion.

Un débat au conseil municipal en 2014
Cette idée avait déjà été évoquée par le parti Coalition Montréal, à la fin de l’année 2014, qui souhaitait obtenir l’appui de la Ville de Montréal pour demander à Québec de taxer les boissons gazeuses, les boissons énergisantes et les thés froids pré-sucrés.

Une motion avait même été déposée au conseil municipal, mais le parti du maire de Montréal avait demandé de retirer un point de ce texte, à savoir «demander au gouvernement du Québec d’imposer une taxe sur les boissons sucrées afin d’en dissuader la consommation», comme l’indique le procès-verbal de cette séance du 16 décembre 2014.

«Ça m’étonne qu’il en parle maintenant, a ironisé Marvin Rotrand, l’actuel chef de Coalition Montréal, qui avait mis de l’avant cette motion, en faisant référence à la campagne électorale. Mais je n’ai rien contre le fait qu’il me vole cette idée. C’est une stratégie efficace pour lutter contre l’épidémie d’obésité.»

Denis Coderre n’a pas voulu dire si son opinion avait changé depuis, mais il a affirmé qu’il ne fallait pas «être dogmatique» et «mettre la charrue devant les bœufs».  S’il se dit «en accord» avec une redevance aujourd’hui, il promet de l’envisager et non de l’imposer. Il a d’ailleurs pour l’instant rejeté l’idée de mettre de la pression sur Québec. «Dans un premier temps, on va regarder dans notre propre cour, mais on souhaite être leader. Alors, par la suite, je peux appeler le président de l’Union des municipalités du Québec, et ça devient une position pour le monde municipal», a-t-il avancé.

La directrice de la Coalition Poids, Corinne Voyer, a salué le fait que l’enjeu des boissons sucrées soit abordé dans la campagne électorale municipale et plaide pour un meilleur accès à l’eau pour inciter les enfants à en boire. «À Montréal, on devrait minimalement trouver des fontaines d’eau aux abords des parcs ou des pistes cyclables et dans les édicules de métro», a-t-elle soutenu.

Appelée à réagir à cette volonté de son adversaire, Valérie Plante s’est montrée évasive, sans toutefois remettre en cause cette idée.

«Il est intéressant de regarder l’offre alimentaire donnée aux jeunes. La Ville doit être beaucoup plus proactive, notamment dans les cantines et les machines distributrices, pour proposer des offres plus équilibrées, plus en lien avec la bonne santé des jeunes», a indiqué la chef de Projet Montréal, qui a souligné vouloir voir «les détails» de la proposition de M. Coderre avant de se prononcer plus longuement.

Même si elle parle d’un «objectif noble», la fédération canadienne des contribuables a pour sa part décrié l’éventuelle taxe et un «manque de respect du maire Coderre envers la capacité de payer» des Montréalais. «Le maire Coderre a dépensé des dizaines de milliers de dollars pour un nouveau drapeau que personne ne demandait et des millions de dollars des contribuables pour financer une course de Formule E, mais il tente de nous faire croire que la ville n’aurait pas les moyens de financer une politique pour les enfants à même ses revenus existants?» dénonce le président section Québec de la Fédération, Carl Vallée.

Exemples américains

  • Certaines villes américaines, dont Oakland, Philadelphie et Berkeley ont imposé une taxe entre 0,01$ et 0,015 par once de boisson sucrée vendue. Dans cette dernière municipalité, les ventes de ces boissons ont baissé de 20% dans la première année.
  •  À Chicago, toutefois, une taxe entrée en vigueur en août, sera retirée le 1er décembre.

 

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