Mario Beauregard/Métro Formule E à Montréal, 2017

Montréal n’accueillera plus le championnat de Formule E. Après une première édition très décriée l’été dernier, l’administration de Valérie Plante a décidé d’annuler définitivement l’événement dans la métropole même si un contrat encore valide durant deux ans était sur la table.

«Aucun autre événement sportif à Montréal n’aura constitué un aussi grand fiasco financier», a clamé lundi la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en dénonçant «une situation uniquement due à l’improvisation» de l’administration de l’ex-maire, Denis Coderre.

Alors qu’elle avait promis de retirer le circuit du centre-ville en raison de la grogne des commerçants et des résidents l’été dernier, Mme Plante a expliqué que trois options étaient sur la table après son élection: la tenue de l’événement sur le circuit Gilles-Gilleneuve, la construction d’un nouveau circuit en dehors du centre-ville et la suspension d’un an de l’édition montréalaise avant une reprise au parc Jean-Drapeau en 2019.

En raison des travaux de réfection des paddocks sur le circuit Gilles-Villeneuve, qui débuteront l’été prochain, et la complexité de trouver un nouveau lieu, l’administration Plante a finalement proposé à la Formule E de suspendre l’édition prévue en juillet 2018.

«Mais les dirigeants de la FE ont refusé catégoriquement. Ils étaient impliables. Pour eux, ce n’était pas une option», a indiqué Mme Plante, avant de souligner que ces derniers souhaitaient une confirmation du lieu du circuit le 2 février 2018. Une demande «irréaliste», a-t-elle souligné.

«On nous a dit que [suspendre un an] était tout à fait impossible pour la course, pour le calendrier. C’était intraitable.» –Valérie Plante, mairesse de Montréal

L’administration municipale a donc pris la décision de rompre le contrat liant Montréal et la Formule E. Cette entente était d’une durée de trois ans, avec une option pour trois années supplémentaires.

Des conséquences financières
Quelles sont les conséquences d’un tel bris de contrat? «Il y a de possibles mesures judiciaires», a mentionné Mme Plante, avant de rappeler que l’organisme Montréal c’est électrique (MCE), créé par la Ville de Montréal fin 2016 pour organiser l’événement, était le seul signataire des contrats.

«C’est eux qui sont garants de ce contrat-là et des autres éléments», a-t-elle ajouté, tout en précisant ne pas connaître le montant précis des pénalités financières et ne pas savoir si la Ville pourrait être poursuivie.

Ces pénalités pourraient néanmoins s’élever à au moins 10M$US. Selon des chiffres obtenues par Métro, les droits de course jusqu’au terme de l’entente actuelle devraient être à payer. Ceux-ci s’élèveraient à environ 4,8M$US par édition.

Un déficit de plusieurs millions de dollars
En charge de cet événement, MCE est également dans le rouge. Son rapport financier complet sera dévoilé dans les prochaines semaines. En complément des 24M$ investis pour cette première édition, Montréal a aussi accordé à MCE une marge de crédit de 10M$. Celle-ci a été totalement utilisée, a précisé Mme Plante.

Ce n’est pas tout. MCE a encore 6,2M$ de «factures impayées», a souligné la mairesse. Ce montant comprend une partie de droits de course de la dernière édition qu’elle doit encore régler.

Pour organiser une nouvelle édition de la Formule E, MCE demandait désormais une marge de crédit de 15M$ et une contribution directe de 2,25M$, contre 1,75M$ cette année.

«Au bas mot», un investissement de 30 à 35M$ aurait été nécessaire, a expliqué Mme Plante, en rappelant que la «recherche de commandites a été infructueuse». «On ne peut pas dépenser impunément l’argent des Montréalais», a-t-elle déclaré.

«Montage financier douteux»
Alors que la mairesse Plante a confirmé que le Bureau de l’inspecteur général et le Vérificateur général de la Ville de Montréal mènent actuellement des enquêtes sur l’octroi des contrats, elle a également délivré plusieurs attaques contre Denis Coderre.

Évoquant un «montage financier douteux» et un projet «mal ficelé», Mme Plante a accusé l’ancien maire d’avoir caché «un important déficit» qui aurait été connu, par son administration, dès le mois de mai 2017, soit plus de deux mois avant cette première édition qui comprenait deux courses. N’en organiser qu’une seule, comme cela se fait notamment à Paris ou à Berlin, «aurait permis d’économiser 1M$», a-t-elle fait savoir.

«Le déficit déjà prévu n’a fait qu’exploser, a repris Mme Plante. Avant même la tenue de l’événement, MCE était déjà en crise de liquidités et puisait dans la marge de crédit.»

Actuel chef de l’opposition et ancien membre du comité exécutif de Denis Coderre, Lionel Perez a évoqué une décision «justifiée» et un bilan financier «très préoccupant». Ce dernier, qui a reproché à la mairesse de ne pas connaître les coûts d’une telle rupture de contrat, n’a cependant pas voulu indiquer si l’administration dirigée par Denis Coderre et au sein de laquelle il siégeait avait été mise au courant de ce «fiasco».

«Le modèle financier a été établi par MCE, s’est-il défendu. On voulait aller de l’avant, on avait une vision de trois ans.»

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MCE vise Denis Coderre

Bien que Montréal c’est électrique (MCE) ait signé l’entente avec la Formule E, celle-ci «a été négociée par le cabinet du maire, en collaboration avec les avocats de la Ville», a indiqué MCE par voie de communiqué.

Selon l’OBNL, des dépenses de 22,2M$ étaient prévues, tout comme «un déficit structurel» de 6,65M$ «qui devait être assumé par la Ville de Montréal».

«MCE a été créé et impliqué à la toute fin du processus, une semaine seulement avant l’annonce officielle de la tenue de l’événement à Montréal, peut-on lire dans le communiqué. C’est aussi le cabinet du maire qui était entièrement responsable des subventions, tandis qu’evenko était responsable des commandites commerciales. MCE n’a pas été impliquée dans ces aspects.»

Selon MCE, qui a souligné avoir économisé 1,7M$ de dépenses, «le cabinet du maire» aurait «promis» des subventions de 11,55M$ et «seulement 3,45M$ ont été livrées par les divers paliers de gouvernement». Ce manque à gagner a provoqué une «dette d’environ 13,55M$» à MCE, absorbée en partie par la marge de crédit offerte par la Ville. «Tous les fournisseurs locaux ont été payés par MCE», a assuré l’organisme.

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Hydro-Québec attendait 90 000 personnes

Principal commanditaire et partenaire de cette première édition de la Formule E à Montréal, Hydro-Québec avait pris la décision de faire valoir sa clause de sortie, avant la décision prise par Valérie Plante. Selon la société d’État, qui avait dépensé 850 000$ pour cet événement, les résultats «n’ont pas été à la hauteur», a indiqué à Métro le chef des relations médias, Serge Abergel.

L’entente entre l’organisation et Hydro-Québec mentionnait notamment une présence de 90 000 personnes au cours des deux courses organisées les 27 et 28 juillet 2017. «Mais il n’y a eu que 44 421 personnes», a souligné M. Abergel. Ce dernier a aussi évoqué un faible auditoire à l’international puisque 37 millions de téléspectateurs étaient attendus, selon cette entente. Or, à peine 15 millions de personnes, en dehors du Canada, ont regardé ces deux courses montréalaises.

«On se retire de cette entente, mais si l’événement revient un jour, c’est sûr que c’est un événement qu’on essaiera de supporter et on réévaluera notre position», a-t-il ajouté.

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