Pablo A. Ortiz/Métro

Alors que Montréal et d’autres municipalités de l’île accusent du retard dans le marquage des rues, le conseiller municipal de Côte-Saint-Luc, Mitch Kujavsky, presse Québec d’assouplir ses règles environnementales pour éviter d’avoir à repeindre les lignes chaque année.

«Il y a un risque de sécurité publique puisque la peinture que nous utilisons efface après quelques mois seulement, spécialement à la fin de l’hiver, déplore M. Kujavsky. Les traverses piétonnes disparaissent après un an, ce qui représente un danger significatif pour les piétons.»

L’élu croit que la qualité de la peinture est en cause. La Loi sur la qualité de l’environnement permet d’utiliser du 1er mai au 15 octobre des peintures dont la teneur en composés organiques volatils (COV) est au plus de 150 g/l. Le reste de l’année, elle peut atteindre 450 g/l.

Le ministère québécois de l’Environnement a adopté cette norme en 2012, en se basant sur un règlement fédéral institué en 2009 qui vise à réduire la pollution. «Plusieurs COV présentent des risques pour la santé, alors que d’autres agissent comme GES ou contribuent à la formation du smog», rappelle le ministère québécois de l’Environnement.

«La peinture a moins de COV, mais au lieu de peindre à chaque 5 ou 6 ans, nous le faisons chaque année. Donc, je crois qu’il y a plus d’émissions qui émanent des véhicules et qui doivent refaire les lignes de manière récurrente», estime Mitch Kujavsky.

«Les peintures faibles en COV sont à base d’eau, explique Véronique Cadieux, directrice des opérations d’Indik, une entreprise montréalaise spécialisée dans le marquage. Celles à plus haute teneur en COV (450 g/l et plus) sont des peintures alkyde et peuvent être utilisées à des températures près de 0°C. C’est celles que nous employons en décembre parce que les autres risquent de geler.»

«[Puisque l’essentiel du marquage se fait l’été], nous ne pouvons utiliser que la peinture à base d’eau, qui s’efface très rapidement, plaide M. Kujavsky. Les produits ne peuvent pas être utilisés quand il fait moins de 10 °C la nuit, donc nous ne pouvons pas vraiment les utiliser à partir du 1er mai. Il faut attendre que les températures soient plus chaudes.»

Ceci retarde ainsi le début du marquage et fait en sorte que la tâche ne peut souvent être complétée qu’à l’automne, quand il y a moins de piétons et de cyclistes dans les rues. Métro révélait d’ailleurs fin juin que dans l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, les services municipaux étaient très en retard dans leur marquage.

Rosemont–La Petite-Patrie, dont les cols bleus s’occupent du marquage pour neuf arrondissements centraux, a indiqué avoir commencé les travaux plus de deux semaines après la date habituelle, notamment en raison du froid.

Mme Cadieux souligne que Toronto commence son marquage près de deux mois avant Montréal.

Environnement Canada répond que «pour le moment, le ministère ne prévoit pas modifier le Règlement, car des revêtements de marquage routier à faible teneur en COV efficaces sont disponibles».

Véronique Cadieux, de son côté, ne croit pas qu’un produit à plus haute teneur en COV tiendrait nécessairement plus longtemps sur les routes. «Qu’on utilise un ou l’autre, ça ne change pas grand chose sur la durabilité de la peinture, juge-t-elle. À Montréal, il y a beaucoup de circulation. La friction et la chaleur de l’asphalte détériorent la peinture en cours d’année.»

L’hiver est aussi un enjeu, ajoute Mme Cadieux. «Quand la “gratte” passe et que les lames endommagent l’asphalte et la peinture, peu importe celle qui est utilisée», rapporte-t-elle.

Certains revêtements plus durables, comme le thermoplastique, qui sont utilisés ailleurs dans le monde ne peuvent pas l’être à cause du déneigement qui endommage le pavage routier.

Une solution
Une solution pourrait être d’utiliser de la peinture à l’époxy dont la «marquage peut durer jusqu’à trois ans» malgré les dommages causés par la machinerie hivernale et la friction des voitures. «Cette peinture va l’absorber un peu plus parce qu’un scarifiage  est fait avant le marquage, dit-elle. L’époxy est quand même assez coûteuse et ça prend de la machinerie spéciale plus grosse.»

Ainsi, le gain de coûts n’est pas nécessairement garanti, d’autant plus que les rues montréalaises qui sont assez âgées doivent être resurfacées régulièrement.

L’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie a confirmé avoir déjà réalisé des tests avec de l’époxy, mais n’a pas voulu en partager les résultats ou accorder d’entrevue à ce sujet, disant suivre les normes québécoises pour le marquage.

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