Josie Desmarais/Métro Lactatia

Avec sa grosse perruque mauve, son large diadème et ses lunettes roses, Lactatia fascine. La jeune reine montréalaise chamboule les conventions du drag et confronte les préjugés une paillette à la fois. Portrait d’une étoile montante aux grandes ambitions.

Derrière Lactatia, il y a Nemis Quinn Mélançon, un jeune de neuf ans presque comme les autres, qui se décrit comme «genderfluid», aux dires de sa mère.

«Lactatia est plus expressive, elle est inspirée de RuPaul’s Drag Race, explique-t-il. J’aime danser et porter des robes depuis que je suis petit. »

La famille Mélançon accueille Métro dans son salon, où un drapeau de la fierté LGBT, un cliché de la famille à thématique gothique et une foule de robes à paillettes sur un support complètent la décoration.

«On regardait souvent RuPaul’s Drag Race ensemble, raconte sa mère, Jessica Mélançon. Quand il m’a annoncé qu’il voulait être une drag-queen, j’ai dit: “Super, pourquoi pas.”»

Depuis qu’elle est montée sur scène en 2017 à Mont­réal lors de la tournée de la gagnante de Rupaul’s Drag Race, Bianca Del Rio, Lactatia connaît une ascension fulgurante. Ses 44  000 abonnés sur Facebook ont même pu la voir en entrevue avec Vice et pour Teen Vogue.

«Ce n’est pas une carrière à temps plein», nuance Jessica Mélançon.

La mère de Nemis se définit comme «momager»: elle gère les demandes d’entrevues, le maquillage, les spectacles, et s’occupe des réseaux sociaux, empêchant Nemis de s’exposer aux commentaires négatifs et lui interdit de partager lui-même ses photos.

«Parfois, je dois aussi le ramener sur terre et contrôler son ego, surtout à son âge», confie-t-elle. Pour nous, ça doit toujours rester une partie de plaisir. Quand ce ne sera plus amusant, Nemis pourra arrêter».

«Jamais !» réplique Nemis, suscitant un fou rire chez sa mère.

«Il y a beaucoup de méconnaissance sur ce qu’est le drag et sur la performance du genre opposé.» – Marie-Philippe Drouin,
agente de projet de l’Astérisk

Briser les préjugés
Jessica Mélançon se dit consciente des dangers de l’exploitation des enfants. «Ce n’est pas un concours de beauté. Les robes viennent du Village des valeurs, rappelle-t-elle. Nous ne sommes pas payés pour faire ça. Notre argent est remis en partie à des organismes LGBT.»

Parmi eux, on trouve l’Astérisk, organisme engagé dans la défense des droits des jeunes LGBT de 14 à 25 ans. Samedi, il tiendra d’ailleurs le spectacle Place à la relève pour Fierté Montréal. Une vingtaine d’artistes de moins de 25 ans monteront sur scène, dont Lactatia.

«En étant tous réunis, on peut envoyer un message fort», déclare Nemis.

Selon l’agente de projet de l’Astérisk, Marie-Philippe Drouin, Nemis fait partie d’une relève qui souhaite apporter une nouvelle conscience sociale au milieu.

«Voir un enfant super créatif, sans regret et qui affirme ses idées, c’est très significatif pour montrer que l’identité se forge très jeune», pense-t-elle.

La jeunesse LGBTQ n’échapperait toutefois pas aux préjugés voulant que le drag soit une forme d’hypersexualisation.

«Je n’ai jamais vu Lactatia se dénuder sur scène. Ce qui est mis de l’avant, c’est plus l’expression artistique de la féminité qu’une forme de sexualité», affirme Marie-Philippe Drouin.

Mme Mélançon indique que l’âge fictif de Lactatia ne dépassera jamais celui de Nemis. Interdit donc d’avoir une grosse poitrine ou d’accentuer ses formes. «Je ne comprends pas pourquoi le sexe est la première chose qui vient à l’esprit lorsqu’on voit un enfant de neuf ans en costume. C’est comme si Nemis jouait un rôle», se désole sa mère.

À ce sujet, la drag-queen Uma Gahd (Ryan Sauvé) compare le drag au théâtre.

«Il y a des pièces de théâtre réservées aux adultes, souligne l’artiste, qui a collaboré deux fois avec Lactatia. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne devrait jamais amener les enfants au théâtre et sur la scène.»

De son côté, Nemis compte bien devenir la «meilleure drag-queen». « Parents, tout ce que votre enfant vous demande, c’est de mettre une perruque et de danser, lance Nemis. Les enfants, n’ayez pas peur de demander. Vous devez vous battre pour vos droits. »

 

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