Yves Provencher/Métro Gérald Tremblay

Gérald Tremblay fête dimanche ses 11 ans à la mairie de Montréal. Mais y a t-il des raisons de fêter alors que plusieurs demandent sa tête? Si le maire était un locataire, on pourrait dire que son bail ne sera vraisemblablement pas renouvelé, voire qu’il sera forcé de quitter son logement avant la fin. Mais cela ne signifie pas pour autant que M. Tremblay laissera l’appartement en mauvais état.

1. Urbanisme

«Sous Gérald Tremblay, on a assisté à un certain retour de l’urbanisme. C’est un net progrès par rapport à l’époque du maire Bourque», lance Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal. C’est sous le maire Tremblay que la ville s’est dotée d’un réel plan d’urbanisme, que l’Office de consultation publique et le Conseil du patrimoine ont été créés. Grâce au maire Tremblay, le centre-ville est en train de prendre une tout autre allure, dans le sillage du Quartier international et du Quartier des spectacles. «Mais les bonnes idées du début sont un peu piétinées, sous prétexte de bonifier les statistiques», conclut M. Bumbaru, qui ne croit pas que le nombre record de grues actuel soit forcément un bon signe. «Les risques de Tchernobyl urbains planent toujours», selon lui.

2. Exode des familles
Si la population de l’île de Montréal a augmenté de 5,8 % depuis 10 ans, c’est 3 fois moins que les banlieues. Plus du tiers des jeunes familles gagnant entre 50 000 $ et 100 000 $ quittent pour la banlieue à l’étape de la première accession à la copropriété, note Richard Bergeron, chef de Projet Montréal. Sans l’immigration, la ville serait même déficitaire. Les aides gouvernementales et municipales ne retiennent que 15 % des 6 000 familles qui quittent chaque année. Le prochain maire devra augmenter l’offre de logements de trois chambres et plus et protéger le stock de logements locatifs qui tendent à être transformés en condos dans plusieurs quartiers. «La question de la vitalité de la ville est en jeu», selon lui.

3. Démocratie locale
Le bilan politique du maire Tremblay est fortement teinté par l’épisode des fusions-défusions. Pour éviter que trop de nouveaux arrondissements de l’île décident de défusionner, le maire leur offre en 2004 des pouvoirs accrus. Certains soulignent que la nouvelle structure a permis de rapprocher les citoyens de leurs élus. Mais pour la chef de Vision Montréal, Louise Harel, cela a plutôt disséminé le pouvoir et affaibli la ville. «Cela est allé de pair avec le démembrement de l’expertise à la ville-centre, qui a abouti au scandale des compteurs d’eau. Le fond du baril démocratique a été atteint quand le maire a décidé, à l’été 2012, d’adopter le règlement antimasque», conclut-elle.

4. Économie
Entre 2001 et 2011, le PIB de Montréal a augmenté de 37,5 %, et la métropole a globalement bien résisté à la récession grâce à une économie diversifiée. Plusieurs autres indicateurs sont au beau fixe, comme les investissements en immobilisation, le taux d’occupation des bureaux ou le tourisme. Actuellement, la Ville compte aussi un nombre record de grues, répète régulièrement le maire Tremblay, qui se félicite de cette vitalité économique. Mais de quelle part est-il directement responsable? s’interrogent plusieurs. Quoi qu’il en soit, cette vitalité se retrouve jusque dans les comptes de la Ville, dont la cote de crédit s’est considérablement améliorée depuis son arrivée (de A2 à A1, puis à Aa2), même si elle reste en dessous de la moyenne des municipalités canadiennes.

5. Transports
Sous l’ère Tremblay, l’achalandage du transport en commun a augmenté de 20 % pour atteindre 214 déplacements par habitant et par an, un des meilleurs scores en Amérique du Nord. Après des années de vaches maigres sous le maire Pierre Bourque, les investissements gouvernementaux sont de retour, permettant notamment de rajeunir la flotte et d’allonger la ligne orange. On doit aussi au maire Tremblay le déploiement de Bixi, qui complète le cocktail transport. L’opposition dénonce toutefois sa trop grande ouverture aux projets routiers, comme le pont de l’A-25, l’échangeur Turcot et la création de plusieurs boulevards qui participent à l’accroissement du nombre d’autos sur l’île (+ 7 300 véhicules par an).

6. Loisirs et culture
À l’image du Quartier des spectacles, complètement repensé, la culture a plutôt bonne mine à Montréal.
En 10 ans, les manifestations culturelles ont vu leur fréquentation augmenter de 42 %, selon Statistique Canada. La Ville a aussi fait de gros efforts pour rénover les arénas et enrichir le réseau de bibliothèque et de musées. En 2009, les investissements municipaux ont représenté 55 $ par personne, soit 36 $ au-dessus de Toronto, se félicite l’organisme Culture Montréal. Toutefois, la place des loisirs et de la culture a globalement baissé dans le budget de la Ville sous l’ère Tremblay. En 2002, les dépenses liées à ces deux domaines représentaient 13,4 % des dépenses, contre 9,9 % en 2013. Elles ont aussi augmenté deux fois moins vite que l’inflation.

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