Trottoirs et passerelles de bois relient de nombreuses aires de repos.

L’étalement urbain observé au cours des dernières décennies dans la grande région métropolitaine a laissé en héritage des dizaines de villes semblables, conçues pour l’automobile. Aujourd’hui, certaines municipalités, comme Belœil, tentent de se redéfinir. La banlieue de demain? Plus humaine et plus verte.

La rivière Richelieu et le mont Saint-Hilaire. Ce panorama incomparable, vers lequel les nombreux restaurateurs du Vieux-Belœil orientent leurs terrasses, est le pivot d’un renouveau pour la municipalité de la Montérégie.

À la porte de la ville, un premier signe indique une orientation urbanistique novatrice. Les feux de circulation ont disparu il y a deux ans. Désormais, les automobilistes entrent en douceur dans Belœil, via un carrefour giratoire où les piétons ne risquent plus leur vie.

Sur la rue Saint-Jean-Baptiste, qui conduit au centre-ville, une piste cyclable de gravier bordée de bandes végétales, de mobilier urbain et de lampadaires décoratifs se déroule des deux côtés de la voie publique, depuis cinq ans.

Dans le Vieux-Belœil, on inaugurait, l’été dernier, un parc riverain et un stationnement écologique flanqué d’un pavillon devenu le cœur de l’animation de ce secteur touristique.

Le rond-point, la piste cyclable de la rue Saint-Jean-Baptiste, le parc et le pavillon s’inscrivent dans la même démarche. Tout est refait à l’échelle humaine. Le piéton et la bicyclette rognent l’espace autrefois consacré à l’automobile. Et le parvis de l’église redevient un lieu de rencontre.

Moins de voitures
Adossée au Vieux-Belœil, trônant dans un écrin gourmand où terrasses, chocolaterie et boulangerie se disputent les fins palais, l’église Saint-Mathieu offre ses pierres grises en spectacle sur la rue Richelieu, qui borde la rivière du même nom. Elle salue le clocher de la paroisse Saint-Hilaire, qui se dresse sur l’autre rive, au pied de la montagne. Le nouveau parc riverain s’insère dans cette carte postale.

«Auparavant, tout était dédié à l’auto», résume le directeur du Service de l’urbanisme de la Ville de Belœil, en désignant d’un large geste la berge fraîchement aménagée.

Trottoirs et passerelles de bois relient les paliers qui épousent l’escarpement de la rive et conduisent à de nombreuses aires de repos et tables de pique-nique. Une rampe d’accès pour fauteuils roulants serpente jusqu’à la balustrade qui surplombe la Richelieu.

L’opération a coûté 3 M$, une facture partagée entre Ottawa, Québec et Belœil, ainsi que plusieurs places de stationnement, sacrifiées dans la nouvelle configuration. Vitesse et crissements de pneus sont choses du passé dans le secteur du parc, balisé par un dos d’âne à chaque extrémité.

«On a redonné la berge aux citoyens. Ils venaient manger dans le Vieux-Belœil, mais ils ne restaient pas. On a créé des lieux de détente pour les retenir.»

Stationnement écologique
Les commerçants réclamaient cependant des places de stationnement supplémentaires. La Ville a dit oui, mais a livré la marchandise à sa manière : un stationnement modeste de 25 places où un nouveau pavillon d’accueil, pourvu de panneaux solaires et d’un toit vert, fait office de bureau touristique, de centre culturel et de lieu de rendez-vous pour divers événements. Tous les dimanches au cours de la belle saison, les voitures cèdent la place à un marché public qui déborde dans la rue.

Afin de réduire au maximum les eaux de ruissellement et la chaleur associée au bitume, on a choisi un revêtement de pavé de couleur pâle, épousant une légère pente de chaque côté. L’eau, ainsi que les résidus d’huile et de graisse provenant des véhicules sont drainés vers les fosses de plantation qui encadrent le site. Sous la végétation, une membrane remplacée tous les cinq ans recueille les polluants.

Parc urbain au centre de tout
Un parc urbain est par ailleurs sur le point d’être aménagé au centre-ville. Le parc Aurèle-Dubois héberge déjà Nature-Action et le jardin de démonstration de l’organisme, logé dans un bâtiment en voie de certification LEED.

Le Centre culturel de Belœil, la bibliothèque municipale et la Maison Villebon sont également rassemblés à l’entrée de cet espace vert, traversé par un ruisseau dont on a revégétalisé les berges.

«C’était un site banal, très peu fréquenté, sans intérêt», dit Denis Laplante. On prévoit maintenant y aménager des sentiers et y installer du mobilier. Quelques centaines de mètres plus loin, une petite baie reliée à la rivière pourra accueillir des embarcations légères.

Transport collectif déficient
Reste à introduire un élément essentiel dans ce laboratoire d’aménagement urbain durable qu’est devenu Belœil : le transport collectif. «Il y a de l’amélioration à faire à ce niveau», admet M. Laplante.

Comme pour le reste, on procédera par étapes, profitant des occasions qui s’offrent, comme le remplacement de vieilles infrastructures souterraines, pour repenser la Ville, qui a également investi pour réaliser des corridors piétonniers et des débarcadères sécuritaires près des écoles.

Alors que peu de terrains restent à développer en périphérie, la municipalité a fait son choix. «La croissance, ce n’est pas juste s’étendre aux limites de la zone agricole. C’est pourquoi on mise sur l’aménagement du centre-ville.»

Chronologie

Vision stratégique signée Belœil.

  • 2004 : Amorce du virage vers un développement durable, épaulé par le Conseil régional de l’environnement de la Montérégie.
  • 2007 : Publication de sa Vision stratégique en développement durable, après trois années de diagnostic. Le document embrasse toutes les orientations de la municipalité, du développement économique aux loisirs, en passant par la gestion des parcs.
  • 2008 : Adoption d’un plan d’action.
  • 2009 : Début de la mise en application du plan.

***

  • Sainte-Thérèse: le quartier de la gare
    Le secteur de la gare de Sainte-Thérèse, sur la ligne Blainville–Saint-Jérôme, est en passe de devenir une référence en matière de TOD (Transit oriented development), sur la Rive-Nord, selon Yann Godbout, chargé de projet en développement durable au Conseil régional de l’environnement des Laurentides. «C’est exemplaire. On aura la densité, la mixité, les commerces de proximité, les restos, une piste cyclable… Le tout à proximité du cégep Lionel-Groulx.»
  • Laval: Urbania
    «Laval n’est plus une banlieue depuis 20 ans», précise Gilles Vaillancourt, le maire de la ville de 400 000 habitants qui adoptait, au printemps 2011, l’approche Évolucité : densification près des pôles de transport collectif, quartiers mixtes, protection des espaces verts, harmonisation du développement à la trame déjà existante, etc.

    «On continue de faire des projets dans les extrémités du territoire», déplore cependant Guy Garand, directeur du Conseil régional de l’environnement de Laval, qui croit que le projet Urbania, qui jouxte la station de métro Montmorency, le cégep et le pavillon de l’Université de Montréal, montre la voie à suivre. «Ce n’est pas parfait, il n’y a pas de piste cyclable, pas de milieu naturel, mais on devrait continuer à développer du condo et du logement social à cet endroit.»

  • Blainville: projet Chambéry
    De 3 000 à 3 300 unités de logement. Unifamiliales, maisons de ville, édifices à condo. Projet pilote d’énergie géothermique pour 36 unités. Pistes cyclables, lignes de bus vers les gares de la ligne de train de banlieue Blainville–Saint-Jérôme ou vers le métro de Laval, via le futur prolongement de l’autoroute 19. Cafés, commerces et place publique munie d’une tour offrant une vue panoramique sur la ville dans la ville : le projet Chambéry, à Blainville, se trouve à la jonction de l’autoroute 640 et la route 335. «On veut créer un lieu où les gens peuvent tout faire à pied», décrit Éric De la Sablonnière, directeur du Service de l’urbanisme de la Ville de Blainville.
  • Transport collectif: l’automobile toujours reine
    Les municipalités cherchent vraiment une solution de rechange au modèle traditionnel de la banlieue axée sur l’automobile, croit Alexandre Turgeon, fondateur et président de l’organisme Vivre en Ville. «Il y a des efforts qui sont faits. Mais il y a un vide au niveau du savoir-faire. Les professionnels des villes doivent retourner sur les bancs d’école.» La grosse lacune est le transport collectif. On pense encore en fonction de l’automobile, estime M. Turgeon. Le directeur du Conseil régional de l’environnement de Laval, Guy Garand, abonde dans le même sens. «Il faut travailler avec ce qui existe, plutôt que faire de l’étalement urbain», ajoute-t-il.

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