Denis Beaumont Gondiel Ka s’est retrouvé seul à la mort de sa femme pour élever ses enfants.

Gondiel Ka essaie toujours de comprendre ce qui a pu se passer le 14 août 2008 lorsque sa femme a perdu la vie en donnant naissance à son fils.

Plus de trois ans après les faits, une première décision a été rendue le 11 avril dernier par le Conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

Il conclut à la culpabilité des infirmières Marie-Claire Boivin et Anne-Marie Couture pour avoir fait preuve de négligence dans les soins prodigués à Christine Sasseville, 38 ans. Elles ont reçu des radiations de deux et quatre semaines, respectivement.

Cette décision laisse M. Ka perplexe. «C’est une petite tape sur la main, affirme ce père de trois enfants, dont le petit Dempa, qui n’a jamais connu sa mère. «Ma femme est décédée par manque de soins, c’est extrêmement grave», a-t-il indiqué ajoutant que les sanctions devraient refléter cette gravité. M. Ka aurait souhaité une plus longue radiation.

Entre le moment où sa femme, enceinte de 35 semaines, a été diagnostiquée en pré éclampsie, le 13 août, et son décès le lendemain soir, une série d’erreurs lui ont été fatales. «C’est tout l’hôpital Rosemont-Maisonneuve qui a failli», croit M. Ka.

Un pré éclampsie est une hypertension artérielle qui peut être très grave pour une femme enceinte et le fœtus. En raison de ce diagnostique, Mme Sasseville aurait dû être surveillée rigoureusement.

Et pourtant, dans la nuit du 13 au 14 août, seule une infirmière candidate à la profession (non diplômée) a assuré le suivi. L’assistante infirmière, Mme Boivin, ne s’est jamais présentée au chevet de la patiente, ni les médecins, et ce, même s’ils avaient été informés que sa condition s’aggravait. «Au matin, elle hurlait de douleur, elle vomissait et avait des sensations de chocs électriques», explique M. Ka. Mme Sasseville, qui était elle-même infirmière, connaissait la gravité de sa condition.

Mme Boivin et Mme Couture ont reconnu leur responsabilité dans ce dossier, mais ont souligné le manque de personnel et la surcharge de travail le soir des événements.

Les rapports du coroner et du Protecteur du citoyen en 2010 ont déjà conclu que la patiente n’a pas eu «tous les soins que nécessitait son état» et aurait dû bénéficier d’une meilleure surveillance par le personnel infirmier.

Plusieurs questions restent encore en suspend. Pourquoi les médecins n’ont pas réagi plus rapidement, pourquoi n’ont-ils pas pratiqué une césarienne et pourquoi, si l’hôpital n’était pas en mesure de prodiguer des soins, n’ont-ils pas transféré la patiente dans un autre hôpital?

Le Conseil de discipline doit encore se pencher sur les cas de trois autres infirmières. M. Gondiel Ka portera également plainte au Collège des médecins contre deux médecins impliqués dans le dossier. Une poursuite sera également entendue en mars 2013 contre les médecins et l’hôpital Rosemont-Maisonneuve de 3,9 M$.

Il compte aussi s’adresser à la Régie de l’Assurance-Maladie du Québec pour obtenir des explications en raison de zone d’ombres dans la facturation d’un médecin sur la carte d’assurance maladie de la conjointe. «On a facturé pour des soins qu’elle n’a pas eu», a-t-il déclaré.

L’OIIQ n’a pas souhaité commenter, mais a rappelé que la décision a été prise par un conseil indépendant et qu’il n’y a pas de normes en matière de sanctions. L’hôpital Rosemont-Maisonneuve n’a pas rappelé Métro.

Rappel des faits

  • Christine Sasseville, enceinte de 35 semaines, est admise à l’hôpital Rosemont-Maisonneuve en raison d’une pré-éclampsie à 17h30, le 13 août.
  • Le médecin décide de provoquer l’accouchement en soirée ou le lendemain
  • En raison d’un manque de place dans la salle d’accouchement Mme Sasseville est envoyé à l’unité post-partum
  • La patiente est confiée à une étudiante et le personnel n’assure pas un suivi rigoureux, malgré les vomissements de la patiente.
  • À 10 heures elle est transférée en salle d’accouchement
  • À 16 heures, sa condition se détériore sérieusement. Elle donne naissance à son fils mais elle est aussitôt est transférée aux soins intensifs où son décès est déclaré à 22 heures des suites d’une hémorragie cérébrale d’origine hypertensive

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