Les portes de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) ont été bloquées lundi par des étudiants qui contestent les mesures d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard mais surtout les démarches qu’a entreprises la direction pour expulser neuf étudiants.

Des petits groupes de manifestants ont été massés devant toutes les portes de l’université jusqu’au milieu de l’après-midi. Certains de ces étudiants de l’UQAM ou même du Cégep du Vieux-Montréal étaient masqués et d’autres non. Ils ont exposé d’immenses banderoles sur lesquelles il était notamment écrit «Aucun cours, évaluation ou remise n’auront lieu aujourd’hui» ou «À nous l’UQAM». Des tracts ont aussi été distribués aux passants pour expliquer leur action.

Ils se sont mobilisés entre eux – aucune organisation n’est derrière cette action – pour condamner entre autres «le régime de terreur», comme ils le qualifient, qui a été mis en place par la direction de l’université notamment en convoquant devant le comité exécutif de l’UQAM neuf étudiants passibles de l’expulsion pour une année ou de façon définitive.

Une première comparution devait avoir lieu vendredi dernier. Justine Boulanger, qui siège sur le comité exécutif de l’UQAM, devait alors connaître son sort, mais la réunion a été ajournée. Mme Bélanger devra s’y présenter de nouveau après le 24 avril.

Ces neuf étudiants auraient enfreint le règlement sur la sécurité des personnes et des biens et la Charte des droits et libertés des étudiants de l’UQAM lors de manifestations s’étant déroulées de 2013 à 2015. La direction leur reproche d’avoir bloqué des couloirs et d’avoir empêché la tenue de cours.

«L’administration veut couper des têtes au bûcher, a dénoncé une manifestante qui a préservé son anonymat. Ils ont choisi des représentants qui ont été élus par les membres. Ils ont établi un régime de terreur et de répression pour faire peur aux autres militants qui posent des actes politiques.»

La manifestante rencontrée par Métro a également réprouvé le profilage politique à l’intérieur des murs de l’UQAM. Plusieurs gardiens de sécurité ont été embauchés et certains, en habit de civil, suivent les manifestants lors des levées de cours et les filment, selon elle.

«Il n’y a pas à avoir de répression politique dans une société démocratique», a renchéri un étudiant libre de l’UQAM, qui était posté devant le bâtiment qui abrite les bureaux du recteur. On a le droit d’avoir des opinions.»

Plusieurs policiers du Service de police de la Ville de Montréal avaient à l’œil les manifestants.

Devant cette mobilisation, la direction de l’UQAM n’a pas eu d’autres choix que d’annuler les cours en avant-midi et en après-midi. Ceux qui avaient lieu en soirée ont pu se tenir comme d’habitude.

Le ministre de l’Éducation, François Blais, a été mis au fait du blocage à l’UQAM. «Les étudiants ont le droit de manifester, mais ils doivent le faire dans le respect des autres», a déclaré lundi l’attaché de presse du ministre, Julie White. Elle n’a pas voulu dire si M. Blais a communiqué avec le recteur de l’UQAM, Robert Proulx. Elle a seulement indiqué que les recteurs connaissent leurs obligations, notamment en ce qui concerne la sécurité.

Les étudiants lésés par cette annulation inopinée des cours sont ceux qui fréquentent l’École des sciences de la gestion de l’UQAM puisqu’ils ne prennent pas part au mouvement de grève sociale.

Vanessa et Anne-Pierre étaient découragées devant les piquets de grève. Elles doivent terminer dans les prochaines semaines leur baccalauréat en tourisme et hôtellerie. Le responsable de leur programme les a rassurées, en leur indiquant qu’il cherche des solutions pour qu’elles ne soient pas pénalisées par cette annulation inopinée des cours.

«C’est désagréable, a dit Vanessa. J’espère que dans les prochaines semaines, ça ira mieux.»

«On ne peut pas avoir une session prolongée sinon on devra reporter nos stages», a mentionné pour sa part Anne-Pierre.

Simon, qui observait les manifestants dans la station de métro Berri-UQAM, était aussi démoralisé. «Ça ne me dérange pas qu’ils manifestent, mais qu’ils le fassent dans les rues, avec un itinéraire», a lancé l’étudiant.

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