Yves Provencher/Métro Tout le terrain de la cour d’école sous l’asphalte (à droite sur la photo) a été décontaminé. À gauche, on peut voir le jardin Saint-Eusèbe, où des légumes étaient cultivés à même le sol jusqu’au mur qui sépare les deux terrains.

Les sols d’un jardin communautaire n’ont jamais subi de tests même si une contamination a été constatée en 2010 sur le terrain de l’école Jean-Baptiste-Meilleur, située tout juste à côté.

Situé dans l’arrondissement Ville-Marie, le jardin Saint-Eusèbe se trouve à 1 m à peine de la limite de la cour de l’école en question, qui a été réhabilitée et décontaminée au cours de l’été. Des légumes y ont été cultivés cet été jusqu’au pied d’un muret de 1,5 m de haut qui sépare les deux terrains.

Le jardin a été fermé aux cultivateurs en août en raison de travaux de réfections que subit l’église Saint-Eusèbe-de-Verceil, qui occupe le même terrain, a expliqué la paroisse.

Impossible de savoir si les sols du jardin, eux, sont contaminés : le jardin Saint-Eusèbe ne faisait pas partie des jardins communautaires testés par le Directeur de santé publique de Montréal en 2006. L’arrondissement de Ville-Marie a confirmé à Métro qu’aucun test des sols n’a été mené sur ce jardin.

Dans une étude de Dessau datant de 2010 et obtenue en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, on peut lire que six des sept forages effectués dans la cour d’école ont révélé la présence de métaux lourds ou d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) au-delà des limites permises par le gouvernement du Québec pour un édifice institutionnel.

Des HAP, composés organiques fortement toxiques, ont été trouvés dans cinq des sept forages à des concentrations dépassant les limites permises pour ce type d’établissement.

«Ces sols ne sont pas compatibles avec l’usage actuel de la propriété, soit [un usage] institutionnel.» – Extrait du rapport des tests effectués par Dessau à l’école Jean-Baptiste-Meilleur, dans lequel on estime que le volume de sols contaminés sous la cour atteint 12 019 m3

Deux forages effectués sous la cour d’école ont permis de constater des niveaux d’arsenic dépassant le seuil C du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, soit la limite de ce qui est permis pour un zonage industriel.

 

jardin Saint-Eusèbe

Le jardin communautaire Saint-Eusèbe sera déménagé

À la suite des questions de Métro, l’arrondissement de Ville-Marie a confirmé que le jardin communautaire Saint-Eusèbe sera déménagé dès la prochaine saison de jardinage.

Ville-Marie avait annoncé en 2011 avoir l’intention de trouver un nouvel emplacement pour ce jardin, mais les jardiniers voulaient le conserver «tel quel», selon le service des communications de l’arrondissement. Métro a tenté de parler à des utilisateurs du jardin, mais celui-ci était fermé au moment de l’enquête.

Le nouveau jardin sera aménagé sur un terrain qui aura subi des tests de caractérisation des sols, et qui, s’il s’avère contaminé, aura été décontaminé, a-t-on assuré.

C’est d’ailleurs Métro qui a mis la Ville au courant du fait que le terrain de l’école Jean-Baptiste-Meilleur était contaminé. Ce terrain n’apparaît ni sur la liste des terrains contaminés de l’arrondissement ni dans le répertoire des terrains contaminés de ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MDDELCC).

À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), on a indiqué que la Ville aurait dû être au courant de la contamination, puisqu’un permis de réhabilitation des sols a été délivré dans le cadre des travaux de réfection de la cour d’école, qui ont eu lieu cet été. Ce permis a été demandé le 14 mai 2015 et délivré le 23 juillet 2015.

La Ville n’a pas voulu dire si elle croyait que la CSDM aurait dû l’avertir de la contamination dès qu’elle l’avait constatée, en 2010.

«Même si l’arrondissement est mis au courant de la contamination de la cour de l’école située à proximité, il ne peut tenir pour acquis que les mêmes résultats s’appliquent au terrain du jardin Saint-Eusèbe. Les contaminants varient d’un lieu à l’autre», a fait savoir par courriel l’arrondissement.

C’est une opinion que partage la Direction de la santé publique de Montréal (DSP), à qui Métro a fait parvenir les résultats des tests de caractérisation des sols de l’école, menés par Dessau en 2010. La toxicologue Monique Beausoleil a affirmé que le fait que le sol où se trouve l’école est contaminé n’indique pas forcément que le terrain du jardin l’est aussi.

Par contre, elle avait signalé qu’il aurait été préférable que le jardin subisse des tests des sols si la Ville avait choisi de conserver sa vocation pour la saison 2016. «Si le terrain de l’école avait été propre, on ne se serait pas posé de questions. Mais là, on voit qu’il y a eu de la contamination», a-t-elle expliqué, en mentionnant que la Ville avait justement procédé à des tests de caractérisation dans ses jardins communautaires parce que des sols contaminés avaient été identifiés dans des parcs où il y avait des jardins.

Faibles risques
Même si le degré de contamination du jardin Saint-Eusèbe est inconnu, la DSP tient à rassurer les citoyens qui y cultivent des légumes. La toxicologue Monique Beausoleil indique qu’une couche de terre propre est généralement étalée sur un terrain lorsqu’on y aménage un jardin communautaire.

Même chez des personnes ayant cultivé des légumes dans un jardin contaminé, comme celui du parc Baldwin, fermé en 2006, le danger est mi­nime. «Ce qu’on tire d’un jardin communautaire, même si on est un excellent jardinier, ne représente qu’une faible part de notre alimentation globale sur une année. Même s’il y a un peu plus de contaminants sur un légume, ça ne causera pas de problème pour la santé», affirme Mme Beausoleil.

Tests refusés
L’arrondissement de Ville-Marie a affirmé à Métro que les sols du jardin Saint-Eusèbe n’avaient jamais été testés parce que le propriétaire du terrain, la paroisse Saint-Eusèbe-de-Verceil, n’en avait pas donné la permission à la Ville.

À la paroisse, Laurence Goupil, membre du conseil d’administration depuis 1984, ne se rappelait pas qu’on ait communiqué un tel refus à la Ville. Elle a aussi affirmé que la paroisse n’était pas au courant de la contamination du terrain adjacent.

Elle a indiqué que la paroisse accueillerait favorablement un déménagement du jardin.

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