Eric Risberg\Associated Press

Pour la première fois depuis qu’ils sont implantés à Montréal, les dirigeants d’Uber au Québec critiquent sévèrement une action de la Ville de Montréal et dénoncent des saisies de véhicules UberX faites devant le site de l’événement Igloofest, dans le Vieux-Port de Montréal.

«Aujourd’hui on sort un peu plus fort, et on n’était jamais sorti comme ça auparavant», reconnaît Jean-Nicolas Guillemette, directeur général d’Uber au Québec.

Jeudi, la Ville de Montréal a dévoilé le nombre de saisies de voiture pour transport illégal qui ont été faites en 2015 et depuis le début de 2016 à Montréal, en mentionnant que 40 d’entre elles ont été faites spécifiquement durant le week-end du 16 et 17 janvier.

Uber a détecté que ces 40 saisies ont ciblé des chauffeurs UberX qui allaient servir des clients présents à l’événement Igloofest, qui rassemble plusieurs centaines de festivaliers, et qui désiraient retourner à leur domicile.

M.Guillemette qualifie cette décision d’«inacceptable» et de «totalement irresponsable». «C’est des gens qui sortent de l’Igloofest, qui sont en état d’ébriété, qui veulent être responsables en rentrant à la maison en ne prenant pas leur voiture et [la Ville] décide de s’attaquer précisément à ça», critique le directeur général d’Uber.

«Je pense que la Ville manque grandement à son devoir en pensant que c’est plus important de s’attaquer au covoiturage urbain que de s’attaquer à l’alcool au volant.» – Jean-Nicolas Guillemette, directeur général d’Uber au Québec

En entrevue à la radio, vendredi, la directrice générale du Bureau du Taxi de Montréal, Linda Marchand, a reconnu qu’il y avait eu «des opérations ciblées» pour réaliser les saisies et a admis que des inspecteurs étaient présents près du site de l’Igloofest la fin de semaine dernière.

«Mais on s’est assuré d’avoir un poste permanent de taxi en place avec 50 véhicules de disponible. Alors il y avait de la disponibilité de taxi», a-t-elle ajouté. Elle a précisé que c’était aux autorités gouvernementale d’avoir des discussions avec Uber mais que le Bureau du taxi était toujours présent pour aider Uber s’il souhaite se conformer aux normes en vigueurs.

Jean-Nicolas Guillemette croit plutôt que la Ville de Montréal n’a pas à intervenir dans le choix des citoyens. «Si les citoyens montréalais veulent utiliser les services d’Uber, ce n’est pas à la Ville de leur dire qu’ils doivent plutôt prendre un taxi. Uber n’est plus marginal, on est implanté à Montréal, les gens nous utilisent. Et s’ils nous utilisent, c’est qu’on comble un besoin», réplique-t-il.

Uber ajoute que 17 autres saisies ont été faites jeudi soir encore une fois devant le site de l’Igloofest. «Je pourrais tout simplement dire à mes chauffeurs de ne plus se rendre sur le site de l’Igloofest. Mais j’aurais ça sur la conscience après, craignant que certains festivaliers décident plutôt de prendre leur voiture et aient un accident», déplore M.Guillemette en ajoutant qu’il «étudie ses options».

La Ville s’est targuée jeudi d’avoir distribué un total de 641 constats d’infraction pour transport illégal à Montréal en 2015 en plus d’avoir fait 585 saisis de véhicules. Ces données ont été dévoilées alors que le maire de Montréal, Denis Coderre, a rencontré les membres de l’industrie du taxi, en saluant les effets positifs de l’entrée en vigueur de la nouvelle politique sur l’industrie du taxi pour moderniser et améliorer les services de ses chauffeurs.

«Mais M.Coderre, en deux ans, n’a jamais accepté de nous rencontrer. Il ne semble pas vouloir nous entendre expliquer notre côté de la médaille», regrette M.Guillemette.

Il précise que les villes d’Edmonton, Toronto, Calgary et Ottawa sont sur le point d’adopter une réglementation municipale pour encadrer les services offerts par l’application Uber. 67 villes américaines ont également encadré ces services.

«Montréal, elle, continue de bloquer l’innovation et la technologie, malgré le fait qu’on dise vouloir être une ville intelligente», illustre Jean-Nicolas Guillemette.

«Gaspillage de fonds public»
Selon le directeur général d’Uber au Québec, les saisies de véhicule UberX sont «un gaspillage de fonds publics». Puisque Uber avoue sans gêne qu’elle remet une voiture de rechange à ses chauffeurs dont la voiture s’est fait saisir, en plus de contester systématiquement chacune des contraventions qu’ils reçoivent du Bureau du taxi pour transport illégal, M.Guillemette estime que les saisies «ne mènent à rien», mais coûtent cher et engorgent le système de justice.

Selon Uber, les services offerts par son application ne cadrent pas avec les règles en place et tombent dans un «flou juridique», ce qui explique pourquoi ils contestent les contraventions reçues par ses chauffeurs. Ils souhaitent que les autorités encadrent leurs services par une nouvelle réglementation sur le covoiturage urbain.

«On va se ramasser en cours avec deux inspecteurs du BTM, deux inspecteurs du SPVM, un procureur de la ville, un juge…Qu’on gagne ou qu’on perde ces causes, ça ne fait pas du tout avancer le dossier. Donc on pellette en avant au lieu d’avoir le courage politique de prendre des décisions qui sont enlignées avec les besoins de la population montréalaise», estime-t-il.

Le maire de Montréal s’était montré favorable dans la dernière année à ce que le gouvernement encadre les services d’Uber en précisant que jusqu’à nouvel ordre les chauffeurs devaient se conformer aux lois, qui exigent notamment l’achat d’un permis de taxi. Sans quoi, il y aurait des conséquences, disait-il.

Les chauffeurs de taxi de l’industrie du taxi ont également fait beaucoup de pression sur la Ville de Montréal pour qu’elle augmente le nombre de saisies des voitures UberX.

«Il n’y a pas de réglementation pour le covoiturage urbain au Québec et au Canada. Le maire Coderre n’a pas les pouvoirs pour décider si on est légal ou pas, ça prend un juge pour le faire. On est non règlementé et il faut règlementer Uber», martèle le directeur général d’Uber.

Les négociations sont en cours entre Uber et le gouvernement du Québec pour encadrer leurs services. Jean-Nicolas Guillemette dit avoir rencontré autant des fonctionnaires, que des députés et des ministres pour en discuter dans les derniers mois. Aucun projet de loi ne serait sur la table pour le moment, toutefois.

 

Pour mieux comprendre le conflit entre les taxis et Uber, consultez notre article qui en fait le résumé.

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