Mario Beauregard

QUÉBEC — Après les avocats de l’État en février et les travailleurs de la construction en mai, ce pourrait être bientôt au tour des ingénieurs en grève de faire l’objet d’une loi spéciale forçant leur retour au travail.

Les 1400 ingénieurs de l’État, en grève depuis le 24 mai, ont rejeté la dernière offre du gouvernement, présentée la semaine dernière.

Constatant l’impasse entre les deux parties après deux ans et demi de négociations infructueuses, le syndicat qui représente les ingénieurs employés par l’État a demandé au gouvernement de nommer un arbitre indépendant dans le dossier.

Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, a déclaré qu’il n’était pas question de faire appel à un arbitrage liant les parties, déclarant par communiqué, lundi soir, que le gouvernement du Québec «ne sous-traitera pas à un tiers son droit de gérance».

M. Moreau s’est dit étonné de l’absence d’une contre-offre à la «septième offre présentée» par le gouvernement la semaine dernière, laquelle répondait spécifiquement, selon lui, aux recommandations de la commission Charbonneau relatives à l’expertise interne.

Le président du Conseil du trésor a invité l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ) à revoir sa position et à retourner rapidement à la table des négociations.

Les ingénieurs savent qu’ils s’exposent à se voir imposer dans les jours qui viennent une loi spéciale de retour au travail, alors que la présente session parlementaire prend fin vendredi.

Inquiet de voir d’importants chantiers de construction paralysés, M. Moreau a dit à maintes reprises au cours des dernières semaines qu’il n’hésiterait pas à faire adopter une telle loi spéciale s’il constatait un échec des négociations. Jusqu’à maintenant, cependant, M. Moreau a toujours affirmé qu’il souhaitait un règlement négocié et qu’il croyait la chose encore possible.

Le conflit porte essentiellement sur les salaires. Les ingénieurs estiment avoir droit à un important rattrapage salarial de 16,5 pour cent sur sept ans, que Québec refuse de leur accorder.

En point de presse lundi, le président de l’APIGQ, Marc-André Martin, a qualifié la position du gouvernement d’intransigeante. Il a dit croire que seul un arbitre neutre et indépendant pouvait désormais dénouer l’impasse.

Le syndicat calcule avoir diminué de 30 pour cent ses demandes salariales depuis le début de la grève, sans que Québec bonifie ses offres de son côté.

Devant les journalistes, M. Martin s’est questionné quant aux motivations réelles du gouvernement pour ne pas régler le litige.

Car Québec refuse de corriger le problème du manque d’expertise en ingénierie au gouvernement, selon lui.

«On se questionne beaucoup. À qui cela profite?», a-t-il demandé, laissant entendre que Québec préférerait favoriser les firmes de génie-conseil plutôt que se donner une expertise en la matière.

«Dans le passé, le gouvernement libéral a déjà été financé par les firmes de génie-conseil», a commenté M. Martin, flairant «le conflit d’intérêts» et le «retour d’ascenseur».

Il assure que le nombre de contrats gouvernementaux donnés en sous-traitance aux firmes de génie-conseil n’a «pas diminué avec les années», atteignant entre 200 et 300 millions $, en honoraires professionnels à ces firmes, uniquement au ministère des Transports.

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