Sean Kilpatrick | La Presse Canadienne

WASHINGTON — Amir Bagherpour, un prévisionniste américain, a déjà établi une série de graphiques sur les scénarios plausibles, selon lui, quant à la manière dont la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) se déroulera, et ce, même si les discussions ne commenceront pas avant quelques semaines.

La communauté du renseignement américain mène un marché de prédiction au sein duquel les prévisionnistes issus de différentes parties du gouvernement se font compétition.

M. Bagherpour a déjà été l’un d’eux. Il était analyste au département d’État américain pour les démocrates et a fait des prédictions tant sur une éventuelle résolution du conflit israélo-palestinien que sur la guerre en Syrie, les négociations avec les FARC, en Colombie, et la campagne de lutte contre Daech (le groupe armé État islamique).

Celui qui a aujourd’hui sa firme de consultants a souvent eu raison. Il pensait notamment que Donald Trump pouvait l’emporter à la présidence des États-Unis. Il y a cinq ans, il avait aussi écrit qu’il estimait que le président syrien Bachar al-Assad allait s’accrocher au pouvoir.

M. Bagherpour a aussi fait fausse route, comme quand il a prédit que le Brexit n’avait qu’un tiers de chances d’obtenir le soutien majoritaire au référendum sur la question au Royaume-Uni.

La communauté du renseignement américain a créé plus d’une demi-douzaine de programmes de prédiction dans les dernières années par l’entremise de son unité de recherche, l’Intelligence Advanced Research Projects Activity (IARPA).

L’un de ces programmes est un concours entre des équipes hybrides composées tant par des humains que des machines. Le principe à la base: une combinaison d’algorithmes informatiques et de supervision humaine mène aux meilleures prédictions.

«Est-ce que le leader A du pays B sera écarté du pouvoir? D’ici à la date C» est le genre de questions qui peuvent être posées, a mentionné celui qui dirige cette compétition à l’IARPA, Seth Godstein.

Ce dernier ne peut toutefois pas en dévoiler trop sur le programme.

«Nous voyons quelles techniques (de prédiction) fonctionnent et lesquelles ne fonctionnent pas», a-t-il résumé.

Les participants sont issus de milieux divers et reçoivent une rémunération. Quoi qu’il en soit, aucune rétribution n’est versée pour les prévisions qui s’avèrent exactes.

La raison de ce dernier point: une vieille controverse entourant les prédictions concernant de futurs actes terroristes qui avait forcé le programme à disparaître en 2003.

Sa résurrection est toutefois survenue quelques années plus tard et des Canadiens y ont joué un rôle important.

L’équipe qui a dominé le premier tournoi de l’IARPA avait été cofondée par Philipp Tetlock, un chercheur et professeur de l’Université de Pennsylvanie qui est né à Toronto et qui a grandi à Winnipeg et à Vancouver.

Le gouvernement américain vient de publier les données colligées par cette équipe afin de venir en aide à de futurs chercheurs.

Selon M. Tetlock, qui a cosigné le livre «Superforecasting: The Art and Science of Prediction», l’une des clés pour émettre une bonne prédiction est de douter de soi-même. Un autre bon réflexe, selon lui : diviser la question en petits segments.

Un autre Canadien dont l’expertise a été mise au profit des programmes de l’IARPA est David Mandel, l’autre auteur du livre de M. Tetlock. Ce scientifique spécialisé en comportements travaille pour le ministère canadien de la Défense nationale et s’affaire à mesurer l’exactitude de prévisions au sein du gouvernement canadien.

Il tente d’emmener son propre pays à mettre en place son marché de prédictions.

«J’ai eu des discussions avec des gestionnaires de la communauté du renseignement (du Canada) sur ce genre de questions», a-t-il dit en entrevue, précisant que le tout n’en est qu’à un stade embryonnaire.

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