Mario Beauregard/Métro Éric Salvail

MONTRÉAL — Même s’il y a un risque de dérapages et de commentaires dénigrants envers les homosexuels en raison des allégations d’inconduite sexuelle portées contre Éric Salvail, une professeure et un intervenant communautaire croient que les gens sauront faire la part des choses.

S’il y a eu des messages d’appui, des commentaires cinglants — et certains clairement homophobes — ont aussi fusé sur les réseaux sociaux mercredi, écorchant le populaire animateur, qui avait été assez discret sur son homosexualité.

Après les deux récents mouvements de femmes qui ont publiquement dénoncé leurs agresseurs et harceleurs, #AgressionNonDénoncée et #moiaussi, ce dernier en réaction au producteur hollywoodien Harvey Weinstein, les allégations rapportées contre Éric Salvail dans «La Presse+», mercredi, rappellent que les hommes aussi peuvent être victimes de ce type de comportement.

La dénonciation soulève toutefois la crainte que l’affaire ressuscite de vieux préjugés envers les hommes gais, notamment celui voulant que leur sexualité soit très présente et que tout soit permis, a expliqué en entrevue Pascal Vaillancourt, directeur général de l’organisme d’aide Interligne (anciennement Gai-Écoute).

Ou encore le stéréotype d’une autre époque selon lequel les hommes veulent constamment du sexe, et qu’il ne peut donc y avoir d’agression ou de harcèlement, renchérit la professeure au département de sexologie de l’UQAM Line Chamberland, aussi titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie.

Mais cela n’est pas vrai: une autre preuve est venue mercredi lorsque des hommes ont dénoncé des comportements inacceptables, fait valoir M. Vaillancourt.

La sociologue Line Chamberland reconnaît que l’affaire Éric Salvail peut renforcer certains préjugés envers les homosexuels, rappelant qu’il s’agit d’un groupe victime de discrimination depuis longtemps.

Les homosexuels ont dû surmonter bon nombre d’embûches. Jusqu’au milieu des années 1970, l’homosexualité était considérée comme une maladie mentale au sein de la communauté médicale. Certaines pratiques homosexuelles étaient considérées comme des crimes au Canada jusqu’en 1969, et la discrimination n’a pas pour autant cessé après cette décriminalisation.

Mme Chamberlan s’attend à un petit ressac envers les homosexuels, mais croit que la plupart des gens sauront faire la part des choses. «On est rendus plus loin que ça comme société», juge-t-elle.

Pascal Vaillancourt est du même avis. «On a confiance que la majorité de la population comprend que cela n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Je pense que des agresseurs, il y a en a de toutes les orientations.»

Il dit avoir déjà constaté quelques dérapages sur les réseaux sociaux mercredi matin, mais croit que si certains sont tentés de faire de mauvais amalgames, «les gens vont faire la différence».

De tels gestes ne sont acceptables pour personne et pour aucune communauté, a-t-il martelé.

Mme Chamberland trouve dommage qu’une personnalité publique connue soit visée par ces allégations, car Éric Salvail était un modèle pour plusieurs. «C’est dommage, mais on ne peut pas excuser ces comportements-là», souligne-t-elle.

Une autre vague de dénonciations?
«On peut s’attendre à ce qu’il y ait plus de dénonciations encore, soit dans l’espace public, ou dans les postes de police», prédit Stéphanie Tremblay, porte-parole du regroupement québécois des CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel).

Elle précise que la réaction n’est pas toujours immédiate après une dénonciation publique. Dans le cas du mouvement #AgressionNonDénoncée, l’effet avait pris quelques semaines à se faire sentir.

«On souhaite que ça incite les femmes et les hommes gais à dénoncer plus», surtout que la communauté LGBT est plus susceptible de vivre certaines violences sexuelles, ajoute-t-elle.

La sociologue Line Chamberland souligne que les hommes gais ont une difficulté additionnelle quand il s’agit de dénoncer un agresseur. «Parce que c’est de dire qu’on est gai, ou que l’on est hétérosexuel mais que l’on a été l’objet de rapports de séduction homosexuels, alors, est-ce que l’on ne serait pas homosexuel? Il y a une question d’identification», explique-t-elle.

Cet enjeu de divulgation est un frein, souligne la sociologue.

Par ailleurs, certains peuvent vouloir éviter la dénonciation pour ne pas ternir l’image de la communauté gaie, longtemps méprisée, souligne Mme Chamberland.

Selon M. Vaillancourt, les lignes téléphoniques de son organisme n’ont pas sonné plus que d’habitude mercredi matin, mais il estimait qu’il était encore tôt pour dresser un bilan.

Sans avoir de statistiques précises, il souligne que son organisme reçoit au moins une fois par semaine un appel lié à des cas d’agression ou de harcèlement. «C’est assez fréquent», dit-il.

«On est contents que les gens osent dénoncer», a-t-il lancé au sujet des allégations contre Éric Salvail. «Mais on n’est pas vraiment surpris car on est conscients de l’ampleur du problème en général dans la société.»

Les allégations portées contre Éric Salvail n’ont pas été prouvées devant un tribunal.

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