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«Quand je suis dans la salle des profs, je vois des profs pleurer. Ça peut être des jeunes, des gens en milieu de carrière ou des profs de mon âge», souffle Brigitte Bienvenue, enseignante au préscolaire qui cumule 31 ans d’expérience. La santé mentale des enseignants est «en péril», estime la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

C’est pour faire face à ce problème grandissant que ce syndicat a réuni ses délégués mercredi dans le cadre d’une journée de sensibilisation.

Selon des données obtenues auprès de son assureur, 43% des enseignants en arrêt de travail prolongé le sont pour des motifs psychologiques. Cela a représenté 37 866 jours d’absence en 2016-2017 seulement parmi les 34 000 enseignants représentés par la FAE. Un calcul du syndicat évalue le coût de tous ces remplacements à 12,5 M$.

«Il est inacceptable au Québec qu’on considère que la détresse psychologique au travail c’est rendu normal, souligne le président de la FAE, Sylvain Mallette. Le système est mis en place pour faire croire aux professeurs que si tu as une difficulté c’est que tu t’adaptes mal, que tu es mal formé ou que tu es négatif. Les organisations travaillent sur les personnes, comme si elles étaient le problème.» Selon M. Mallette, même parfois entre collègues, on estime que ceux qui quittent «ne sont pas faits pour la profession».

«Comme enseignants on vit à tous les jours des petits échecs. On est formés pour passer à travers ça. Mais avec les exigences placées envers nous et le manque de ressources, ces échecs deviennent de plus en plus lourds. On se sent responsables et le milieu ne nous soutient pas nécessairement bien.» –Élyse Bourbeau, enseignante en mathématiques au secondaire

C’est donc la gestion du personnel et l’environnement de travail qui seraient toxiques, concluent Marie-France Maranda et Simon Viviers, deux chercheurs en sciences de l’éducation à l’Université Laval, venus présenter les conclusions de leurs travaux de recherche dans les écoles. «Les employeurs ne sont pas sans exploiter la fibre vocationnelle des enseignants, juge M. Viviers. Il y a une pression de performance et d’efficience.»

Mme Maranda croit que les enseignants doivent se tenir sur la «corde raide», ne devant pas «manifester de symptômes», bien qu’ils vivent un «stress permanent».

Pire encore, certains enseignants se sentent responsables des problèmes de leurs collègues, relate Élyse Bourbeau, enseignante en mathématiques au secondaire. «Dans mon école, on avait une enseignante qui criait à l’aide. En tant que collègue on a l’a aidé, mais malgré tout, elle est tombée en congé de maladie. On a ressenti un énorme sentiment d’échec après cela», dit-elle.

Selon Jean-Philippe Viau, qui est titulaire en 6e année à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, les cas d’épuisement professionnel ne cesse d’augmenter. «Les demandes en intégration d’élèves en difficulté et en reddition de compte sont excessives. Le niveau de fatigue qu’on a normalement à la relâche, on l’a maintenant, relate-t-il. [À mon école] une enseignante va passer sa dernière année avant la retraite en invalidité.» Comme si ce n’était pas assez, les commissions scolaires de l’île de Montréal souffrent d’une pénurie de suppléants, ce qui force des enseignants à prendre des charges supplémentaires ou des écoles à engager des jeunes n’ayant pas complété leur formation.

Et les élèves?
On sait que les changements constants de professeur dûs aux congés prolongés affecte l’apprentissage des élèves. Mais avoir un enseignant à bout de nerfs affecte aussi les élèves, juge Élyse Bourbeau. «Les élèves ne sont pas bêtes, ils sentent que quelque chose ne va pas et ils comprennent le manque de ressources. Ils peuvent voir que leur professeur est désengagé et ça peut les affecter, pense-t-elle. Ce qu’ils veulent ce sont des professeurs qui ont de l’énergie et sont de bons modèles humains.»

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