Aaron Harris / La Presse Canadienne Leonard Cohen

MONTRÉAL — Quand le développeur de jeux vidéo Ubisoft a demandé la permission d’utiliser la musique de Leonard Cohen pour la bande-annonce du plus récent volet de la saga «Assassin’s Creed», il a reçu une réponse positive et enthousiaste, ce qui n’a pas nécessairement été le cas de publicitaires, de producteurs de films pornographiques et même de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

Depuis son décès en 2016, la voix grave du défunt chanteur a été entendue un peu partout, tant dans des expositions d’oeuvres d’art destinées à un petit public que dans les génériques de téléséries américaines comme «Billions» et «The Americans».

Mais aucune de ces utilisations n’a suscité plus de surprise que celle d’Ubisoft, qui a décidé de prendre la pièce-titre de «You Want it Darker», l’ultime album de M. Cohen, pour la bande-annonce du dernier volet de sa violente série de jeux vidéo «Assassin’s Creed», qui s’adresse à un public né des décennies après que l’auteur-compositeur-interprète d’origine montréalaise eut composé plusieurs de ses succès.

Si le processus pour l’obtention des droits peut s’avérer long et complexe, l’approbation finale revient à Robert Kory, l’imprésario de longue date de Leonard Cohen et l’administrateur de son patrimoine.

L’avocat, qui vit à Los Angeles, dit prendre en considération une grande variété de facteurs pour déterminer si les requêtes sont recevables sur le plan artistique, notamment si le projet respecte l’esprit de la chanson et s’il permettra de faire connaître M. Cohen à de nouveaux publics.

«Mon rôle, c’est de faire en sorte que plus de personnes découvrent Leonard Cohen, parce que si elles découvrent Leonard Cohen, elles vont trouver quelque chose de plus profond et, ultimement, quelque chose qui élèvera leur esprit», a-t-il déclaré en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

M. Kory a raconté avoir été impressionné par l’approche «respectueuse» adoptée par Ubisoft relativement à la musique de M. Cohen et la volonté de l’entreprise de collaborer au moment de concevoir l’arrangement.

Il a également confié avoir eu le sentiment que la structure de la bande-annonce et son sujet violent convenaient aux thèmes sombres abordés par la chanson.

Selon l’avocat, cette collaboration avec Ubisoft a aussi été l’occasion de présenter l’oeuvre de Leonard Cohen à un jeune public.

Robert Kory est moins enthousiaste à l’égard de l’arrangement de «You Want it Darker» réalisé par l’OSM en 2017, qu’il a estimé être trop joyeux.

Même si l’orchestre avait obtenu l’autorisation pour jouer la pièce, M. Kory a déclaré que la présence de la harpe n’était pas appropriée dans une pièce faisant référence à l’histoire d’Abraham et d’Isaac.

Résultat: l’OSM n’a pas reçu la permission d’enregistrer et de vendre l’arrangement.

«Dieu dit à Abraham « tue ton fils » et on entend de la harpe, de la musique angélique. Qui approuverait cela?», a commenté l’avocat.

Depuis la mort de M. Cohen à l’âge de 82 ans, sa succession reçoit quotidiennement des demandes d’utilisation.

Les films pornographiques, les projets politiques qui ne correspondent pas aux valeurs de l’artiste et la plupart des publicités sont refusés.

Par contre, les propositions émanant du monde du cinéma et de la télévision sont souvent acceptées parce que les personnes qui les présentent comprennent la musique, a indiqué Robert Kory.

Même s’il se voit comme le protecteur de l’oeuvre de M. Cohen, l’avocat dit essayer de demeurer ouvert, de ne pas tomber dans le «réductionnisme» et d’éviter «quiconque pense qu’il n’y a qu’une façon d’interpréter l’oeuvre de Leonard Cohen et que son interprétation est la seule possible».

M. Kory demande parfois l’avis du fils de M. Cohen, Adam, sur les questions musicales, mais confie avoir développé la confiance nécessaire pour prendre lui-même les décisions en raison de la foi que Leonard Cohen avait en lui.

«Quand je doutais, Leonard me répétait: « Fais confiance à ton instinct, Robert. Tu as une grande compréhension artistique de ce que je fais »», a conclu M. Kory.

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