Josie Desmarais/Métro Jean-François Lisée

Alors que son parti demeure en troisième place dans les intentions de vote, malgré quelques récents gains, le chef du Parti québécois reste convaincu que ses propositions en matière de transports, d’immigration et de protection de la langue française se démarquent par leur pragmatisme. Métro s’est entretenu avec Jean-François Lisée au sujet de certains enjeux touchant la métropole. Troisième de notre série d’entrevues avec les leaders des principaux partis.

Il s’agit de la première élection provinciale depuis que Montréal a le statut de métropole. Comment voyez-vous la relation entre Québec et la Ville?
Il reste plein de fils attachés. On pensait que le projet de loi allait être plus ambitieux qu’il l’a été à certains égards. Quand tu délègues, tu dois laisser l’entière responsabilité. L’administration municipale montréalaise, surtout après des années de lutte contre la corruption, s’est professionnalisée. Il y a le vérificateur général, il y a le BIG (Bureau de l’inspecteur général). Il n’y a aucune raison que, pour des projets du plan de développement de Montréal, il y ait encore un veto de Québec, un regard par-dessus l’épaule.

D’ailleurs, nous, plutôt que de donner un budget d’un an, ce sera sur quatre ans. On veut libérer davantage. Couper le cordon. Ça veut dire moins d’administration, moins de temps passé avec les fonctionnaires, plus de liberté d’action et de planification. On va avoir un très grand gain d’efficacité.

Vous étiez opposé au projet du Réseau express métropolitain (REM) dès le départ. Vous proposez plutôt un Grand déblocage, qui comprend entre autres un tramway vers l’est. Les travaux du REM ont débuté, donc ça peut sembler un retour à la case départ…
Si le REM était un bon projet avec des mauvais côtés, ça irait. Mais pour moi, le REM, c’est le Mirabel de 2018. Si j’étais entré au gouvernement et s’ils avaient commencé les fondations de Mirabel, ça aurait été la meilleure décision que j’aurais pu prendre de dire: «Arrêtez.» Jamais un rapport du BAPE n’a été aussi sévère sur un projet de transport en commun que [celui] sur le REM. Et ce rapport a été jeté par-dessus bord par le maire Coderre, qui a dit: «le BAPE, c’est pas le pape.»

On sait que 60% des travaux du REM se font sur l’axe de la Rive-sud. On les garderait parce qu’on y placerait notre tram express vers le sud. Pour les coûts de transition, on va aller en appel d’offres et les compagnies qui travaillent maintenant sur le REM vont gagner les appels d’offres pour le Grand déblocage. Donc, elles ne pourront pas plaider qu’elles ont une perte de revenus. On va amortir le choc, mais pour avoir un rendement beaucoup plus important en matière d’efficacité, de réduction des GES, de réduction de la congestion.

Quel est le délai réaliste pour ce tramway?
Le plus tôt possible. On a toujours dit que, contrairement au REM qui a été imposé aux élus, on proposerait notre tracé à l’ARTM (Autorité régionale de transport métropolitain).

Les sociétés de transport et les responsables du transport disent: «Il y a deux lois spéciales d’accélération des travaux du REM. Ils sont en TGV et nous on est en calèche.» Nous, on veut que tout le monde soit en TGV. Donc on va prendre les éléments les plus intéressants dans les lois spéciales du REM et on va les mettre dans une loi du Grand déblocage pour qu’il se fasse rapidement.

Vous comptez imposer aux étudiants des cégeps anglophones une session d’immersion dans un cégep francophone. N’est-ce pas un fardeau logistique qui pourrait même en décourager certains d’entreprendre un DEC?
C’est un effort supplémentaire pour un objectif linguistique et social nécessaire. Au moment du changement, ça étonne, mais dans trois ans, on n’en parlera plus.

On ne veut pas qu’ils partent à Toronto. Les deux seuls rapports existant sur la qualité du français des élèves de fin de secondaire nous disent que ça va mal, que ce n’est pas suffisant, qu’on ne fait pas notre travail pour les outiller pour l’avenir.

Et en plus, on va offrir aux étudiants francophones de passer une session dans un cégep anglophone. Donc, il va y avoir un échange.

Le Parti libéral du Québec promet «un grand chantier» pour rénover toutes les écoles vétustes d’ici 2030. Qu’en pensez-vous?
C’est trop loin. Et je comprends qu’ils disent ça parce qu’ils ne veulent pas lâcher prise quant à la tutelle du ministère de l’Éducation sur l’immobilisation.

«Il faut déconcentrer le pouvoir de décision sur la rénovation des écoles. Le ping-pong entre le ministère et les commissions scolaires ajoute à peu près deux ans à un processus qui devrait être beaucoup plus rapide.» – Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

La légalisation du cannabis approche. Ottawa compte redonner 75% de la taxe de vente aux provinces, et Montréal espère en recevoir le tiers. Comment est-ce que le PQ appuierait la Ville dans ce dossier?
Je pense qu’il faut regarder les coûts. Il faut avoir une répartition des revenus qui est équivalente aux coûts réels des différents paliers. Ce n’est pas une négociation de rapport de force.

Le grand débat, c’est l’âge [légal]. Si par malheur la CAQ était élue, elle le mettrait à 21 ans. Le gros du marché pour le cannabis est entre 18 et 21 ans. Et là, ce sont les Hells Angels qui le contrôlent. Soit vous voulez sortir le crime organisé, et à ce moment vous le mettez à 18 ans, soit vous laissez le crime organisé et vous le mettez à 21 ans.

Vous considérez que l’immigration ne devrait pas être un dossier politisé, mais plutôt un processus basé sur les réussites du passé. Vous proposez de revoir le seuil d’immigration. C’est un discours qui pourrait, en apparence, ressembler à celui de la CAQ…
C’est pour ça que ça me fait plaisir de l’expliquer. On a des chiffres pour le passé, les libéraux on fait venir 50 000 personnes. Il y en a 15 000 qui sont parties, il y a eu 15 000 rêves brisés. Pour le passé, ça aurait été plus humain d’en prendre 35 000. Pour l’avenir, on ne le sait pas.

On va encore là lire le réel. C’est un processus évolutif. Si on a une vague de robotisation, ou si on a 5% plus d’aînés que prévu qui restent sur le marché du travail, la demande de main-d’œuvre va baisser.

On va prioriser les gens qui ont la compétence qu’on veut, qui veulent aller en région s’ils le désirent, qui démontrent une capacité suffisante de parler français, qui signent la lettre sur les valeurs qui existent déjà. Et contrairement à la CAQ qui veut les renvoyer dans trois ans s’ils ne passent pas leur test [de français], nous, on leur souhaite la bienvenue pour toujours.

Pour les réfugiés, c’est notre devoir humanitaire quoi qu’il arrive.

Les sièges du PQ dans Bourget, Pointe-aux-Trembles, Rosemont et Hochelaga-Maisonneuve sont menacés, principalement par QS. Craignez-vous que le PQ soit évincé de Montréal?
Ça ne nous inquiète pas. Je me demande ils sont où, les péquistes, quand les gens appellent pour faire des sondages. Ah! Ils font du porte-à-porte.

Métro a posé quelques questions en rafale à Jean-François Lisée. Voici ses réponses.

Que lisez-vous en ce moment?
Le survenant, que j’ai acheté le jour du livre québécois. Et un livre sur mon héros, Théodore Roosevelt, The Bully Pulpit.

Votre plaque d’immatriculation personnalisée?
QCLIBRE.

Un spectacle d’un artiste québécois que vous avez vu cette année?
Parmi beaucoup d’autres, La renarde, sur les traces de Pauline Julien.

Pour quel organisme de charité avez-vous fait votre dernier don?
Des entreprises d’insertion sociale de Rosemont.

Que faites-vous le 17 octobre (jour de la légalisation du cannabis)?
Je rencontre des membres du gouvernement du Parti québécois.

Avec lequel de vos adversaires seriez-vous prêt à aller prendre une bière?
Tous.

 

Nos entrevues avec les leaders des principaux partis:

Philippe Couillard: «Plus de pouvoirs à Montréal»

François Legault: «Si on veut que le Québec aille bien, il faut que Montréal aille bien»

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