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Québec a échoué à protéger les femmes de la violence conjugale, d’après la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF). Alors qu’en moyenne une femme meurt tous les mois aux mains de son conjoint, la fédération a interpellé mercredi le futur gouvernement caquiste pour qu’il s’attaque rapidement à ce fléau.

Rien dans le programme électoral du parti politique qui sera au pouvoir n’indique ce qu’il compte faire pour aider davantage les maisons d’hébergement, qui sont à bout de souffle. Il avait d’ailleurs refusé de les rencontrer pendant la campagne électorale.

«S’il n’a pas évoqué la violence envers les femmes pendant la campagne, le nouveau premier ministre [François Legault] doit désormais actualiser le plan d‘action en violence conjugale 2018-2023. Les besoins sont énormes et les attentes sont grandes », a clamé la directrice générale de la FMHM, Manon Monastesse.

Chaque année, les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale refusent, par manque de place, de 6000 à 10 000 femmes menacées de subir des violences.

«On a les mêmes moyens financiers qu’il y a 15 ans, le même nombre de personnes qu’il y a 15 ans et les mêmes salaires», a déploré la directrice de la maison d’hébergement Interval 1175, Sylvie Bourque.

Pour faire face à des situations de plus en plus complexes et à une clientèle de plus en plus diversifiée, les maisons d’hébergement tentent d’offrir le plus de services possibles, avec peu de moyens. Par exemple, Mme Bourque a expliqué qu’elle doit faire appel à des traductrices pour aider ces femmes immigrantes à comprendre le système social québécois. Signe de l’absurdité du système, elle a expliqué avoir reçu une subvention du secrétariat à la Condition féminine pour ce genre de besoins, mais seulement pour l’année en cours.

«Désolé, mais après un an, j’ai encore des femmes immigrantes dans ma maison. On est contentes d’avoir reçu cet argent-là, mais ils auraient pu nous consulter, savoir ce qui nous aurait vraiment aidées, et pour combien de temps», a-t-elle soulevé.

Résultat : son organisme ne sait pas s’il pourra aider ces femmes à l’avenir, ou tout simplement continuer de soutenir les femmes qui auront bénéficié de ce type de services cette année.

En réalité, les maisons d’hébergement réclament un financement global et non des enveloppes destinées à des programmes particuliers ou temporaires. Actuellement, le montant des subventions est calculé en fonction du nombre de places disponibles, ce qui empêche ces organismes d’augmenter leur nombre de lits, alors qu’ils font face à une forte demande.

La présidente de la FMHF a estimé qu’il faudrait 30M$ de subventions en plus pour que les maisons d’hébergement puissent accueillir davantage de femmes, tout en embauchant du personnel et en bonifiant les programmes de soutien.

«On l’a demandé [à M. Legault] pendant la campagne électorale, mais [la CAQ] n’a pas voulu nous rencontrer. Ils nous ont dit que ce n’était pas nécessairement pertinent pour l’instant de les rencontrer», a dénoncé Mme Monastesse.

Interrogé par Métro sur la vision et les ambitions de la CAQ sur la lutte contre les violences conjugales, l’attaché de presse du parti, Ewan Sauves, a dit ne pas avoir d’information à ce sujet, tant que le nouveau gouvernement n’aura pas été formé. «Dès demain, nous formerons notre conseil des ministres et il y aura un ou une responsable de ce dossier», a-t-il précisé.

Une violence systémique
Pour Marie-Christine Plante, adjointe à la direction du Carrefour pour Elle, une maison d’hébergement situé à Longueuil, la violence faite aux femmes est une question politique, qui ne pourra être résolue sans une remise en question profonde des institutions judiciaires, policières, sociales et médicales du Québec. Elle a expliqué que les institutions ne sont pas toujours adaptées, dans leur forme actuelle, à aider ou à prévoir la violence conjugale et dans le pire des cas, la mort de femmes battues.

«C’est une violence systémique. On aimerait que ça figure dans le discours des élus, qu’il y a des inégalités entre les hommes et les femmes, et que la violence provienne de ces inégalités-là. Ce ne sont pas des cas isolés», a-t-elle déclaré.

En 2017, alors que le plan d’action gouvernemental arrivait à sa fin, le chef de la CAQ, François Legault avait pressé le gouvernement Couillard de se pencher rapidement sur l’élaboration d’un nouveau plan. Un an plus tard, le plan d’action 2018-2023 a vu le jour et c’est désormais au gouvernement caquiste d’appliquer ou de bonifier ce plan d’action.

«Nombre d’engagements au fil des plans d’action ont été réalisés partiellement, voire pas du tout. C’est une question de volonté politique maintenant de contrer la violence faite aux femmes»,  a dit Mme Plante au futur gouvernement.

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