Pablo A. Ortiz/Métro

MONTRÉAL — Des mères de famille célébraient dimanche après-midi la fin de leur programme de réadaptation en toxicomanie à l’organisme Le Portage, qui leur permettait de suivre leur thérapie tout en ayant leurs enfants près d’elles.

Les diplômées tirées à quatre épingles étaient réunies avec leurs familles dans une grande salle d’un centre communautaire du quartier Saint-Henri, à Montréal, où régnait une ambiance de fête.

L’une de celles-là, Sonia, dit avoir vécu un moment «magique» lorsqu’elle a appris qu’elle avait complété avec succès sa thérapie, en juillet dernier. Le Portage a sauvé sa vie, et celle de son fils, assure-t-elle.

«Si Le Portage n’avait pas été là, je serais sur mon divan encore en train de me geler, je n’aurais pas mon fils avec moi», a raconté en entrevue la jeune femme vêtue d’une robe noire satinée.

Pendant qu’elle était enceinte de son fils Yannick, Sonia consommait de la drogue. Elle a tenté de s’en sortir avec plusieurs programmes, mais sans succès.

C’est elle-même qui a appelé la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pendant qu’elle était enceinte pour dire qu’elle avait un problème. Et en arrivant à l’hôpital pour accoucher, elle a dit d’entrée de jeu à ceux qui s’occupaient d’elle qu’elle avait consommé et que son bébé serait déclaré positif pour de la drogue.

La DPJ l’a ensuite informée que son fils devrait être placé dans une famille d’accueil. «Quand la DPJ est venue, mes jambes m’ont lâché. Mais je savais que je voulais arrêter de consommer, mon conjoint aussi», a-t-elle relaté.

Sonia a finalement contacté Le Portage, où elle a commencé son programme avec son bébé en janvier dernier. «J’avais un bébé de trois semaines quand je suis rentrée, c’était dur. Je « shakais », je n’étais même pas capable de changer une couche», a-t-elle souligné.

Là-bas, elle était logée et nourrie gratuitement et pendant ses thérapies, des éducatrices prenaient soin de son petit Yannick. Son conjoint suivait un programme au même moment dans un autre organisme.

Sept mois plus tard, après une thérapie longue et difficile, Sonia a finalement atteint son objectif. Elle est maintenant retournée au travail, consulte une travailleuse sociale, et elle a maintenant hâte de reprendre une routine avec sa famille.

«Je suis comme un peu émotive», a-t-elle dit après une longue pause.

«Le Portage, ils sauvent des vies. Ils sauvent des enfants, ils réussissent à réunir des familles.»

Le programme mère-enfant du Portage existe depuis 1996. Il a été créé pour aider spécifiquement les femmes enceintes ou qui ont de jeunes enfants, qui refusent de demander de l’aide par crainte de perdre leur enfant.

Le Portage accueille généralement 75 mères et 75 enfants par année.

Pendant cette thérapie, qui dure habituellement six mois, les femmes travaillent sur leur réadaptation à temps plein. «Leur travail, c’est de travailler sur leur toxicomanie, à peu près 40 heures par semaine, du lundi au vendredi», a expliqué la directrice du programme, Geneviève Minville.

Les soirs et les fins de semaine, les mères sont invitées à participer à des ateliers avec leurs enfants.

Après leur sortie du Portage, l’organisme continue de suivre ses anciennes résidantes pendant un an et demi. «Tout dépendant de leurs besoins, on a dix appartements supervisés dans Saint-Henri, où les mères peuvent aller vivre avec leur enfant un an, un an et demi», a indiqué Mme Minville.

Sonia ne tarit pas d’éloges sur le Portage, qui lui a permis de se relever de ses difficultés, et de panser ses plaies du passé.

«Là, je suis toute bien placée. J’ai un budget — quand on est en consommation on n’a pas de budget. J’ai un bon style de vie, j’apporte de l’amour à mon fils… Tout ça en étant à jeun», a-t-elle affirmé avec fierté.

Elle avoue avoir «peur» de son retour dans la vie normale, mais elle semble optimiste pour la suite.

«Ça me fait peur. Mais c’est normal parce que si on n’avait pas peur, ça voudrait dire qu’on est trop confiant», a-t-elle analysé.

«En même temps, on a tellement travaillé sur nous, on a des outils à Portage, on a des très bons outils, et ça nous a beaucoup, beaucoup aidés en tant que personne, en tant que couple, en tant que famille.»

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