Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC — La Caisse de dépôt et placement pourrait très bien refuser les prolongements de son Réseau express métropolitain (REM) qu’avait promis le gouvernement Legault.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, n’a pas écarté ce scénario à l’Assemblée nationale vendredi.

Le plan du REM actuellement en chantier comprend actuellement une grande ligne qui va de Deux-Montagnes jusqu’en Montérégie (Brossard), en passant par le centre-ville de Montréal, mais aussi des antennes dans l’ouest de l’île et vers l’aéroport Trudeau.

Or, la CAQ veut élargir le réseau, pour Laval, ainsi que Boucherville et Chambly en Montérégie, et sa ministre Chantal Rouleau, députée de Pointe-aux-Trembles, a même évoqué une ligne qui irait vers l’est de l’île de Montréal.

«Multiplication des REM»

À la période de questions, le député libéral de La Pinière, Gaétan Barrette, a dénoncé la «multiplication des REM» dans le désordre, sans priorité.

«Est-ce que le ministre des Transports a fait une proposition et une demande d’analyse à la Caisse de dépôt pour l’un ou les projets de prolongement du REM? Si oui, lesquels? Si non, pourquoi? Est-ce que le ministre des Transports peut nous dire quel prolongement du REM il va abandonner pour faire plaisir à sa collègue de Pointe-aux-Trembles?»

M. Bonnardel a rappelé que son parti s’était engagé à prolonger le REM de 17 km au nord et de 22 km au sud. Il a ajouté que la Caisse vérifiera «si oui ou non, il est viable de faire ce prolongement possible».

En conférence de presse aux côtés de ses collègues pour faire le bilan de la session parlementaire, le ministre a précisé qu’une lettre de mandat cosignée avec son collègue aux Finances, Éric Girard, allait être déposée au début de la nouvelle année. M. Bonnardel s’est même avancé à présumer d’un résultat positif.

«La Caisse pourra évaluer les différentes options. Je suis persuadé que la viabilité sera bonne, mais ce sera à la Caisse de nous démontrer ses études en temps et lieu.»

CDPQ Infra, qui s’occupe du projet du REM, n’a pas donné suite à la demande de précision de La Presse canadienne.

«Il aurait fallu y penser avant»

La deuxième opposition n’a pas manqué non plus de critiquer la méthode du gouvernement caquiste. Dans un commentaire sur Twitter, la députée péquiste de Marie-Victorin, Catherine Fournier, a reproché d’avoir fait miroiter aux électeurs de nouvelles lignes de REM sans obtenir d’assurance formelle de la Caisse sur leur viabilité.

«Il aurait fallu y penser avant de tout promettre», a-t-elle écrit.

Le REM est un réseau entièrement privé, propriété de la Caisse de dépôt. Il s’agit d’un projet de 6,3 milliards $, financé à hauteur de 3 milliards par la Caisse. Québec fournit 1,28 milliard $, Ottawa la même somme par l’entremise d’un prêt de la Banque de l’infrastructure du Canada, Hydro-Québec, 300 millions $, et l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), 512 millions $.

La Caisse a obtenu le versement par les pouvoirs publics d’un tarif de 0,72 $ du passager-km pour garantir son rendement de 8 pour cent, et le gouvernement Couillard s’était déjà engagé à raison de 240 millions $ par an pour y arriver.

La CAQ avait laissé entendre en mai dernier qu’elle demanderait directement à la Caisse de réaliser ses projets de ligne, en lui garantissant du financement pour la construction, mais aussi pour l’exploitation. Le parti avait aussi indiqué qu’il solliciterait le fédéral pour qu’il collabore dans la phase de construction.

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