Roxane Léouzon/Métro De gauche à droite: Gabrielle Bouchard, Arielle Aries, James McKye, Frank Suerich-Gulick, Manon Massé

Les personnes trans sont victimes d’énormément de discrimination non seulement dans la population en général mais aussi dans certaines institutions publiques, rapportent plusieurs groupes de défense des droits des personnes trans. Selon eux, il est urgent que soit mis en œuvre le règlement qui pourra aider à alléger cette discrimination.

«Quand je sors, au centre commercial par exemple, il y a partout des gens qui me regardent de travers, a raconté Arielle Aries, qui vit avec trois autres femmes trans. Certaines ne sortent pratiquement pas de chez elles. Pour aller faire notre épicerie, on est obligé d’être quatre ou cinq en même temps.»

Comme plusieurs autres personnes trans en ont témoigné, Mme Aries se fait aussi poser des questions très intrusives. «Je me fais demander si j’ai un pénis quatre fois par jour. Pourquoi tu te donnes le droit de rentrer dans ma vie privée?», s’est-elle insurgée.

Le Centre de lutte contre l’oppression des genres relève depuis 18 mois des cas où des personnes se sont fait refuser des services dans des organismes publics parce qu’elles étaient trans. Une carte interactive a été créée à partir de la quarantaine de cas recueillis jusqu’à présent, qui concernent des organismes aussi variés que la Société de l’assurance-automobile du Québec, des établissements de santé et le Directeur de l’état civil (DEC).

Beaucoup de ces situations sont causées ou amplifiées par le fait que les cartes d’identité n’indiquent pas le nom et le sexe auxquels ces personnes s’identifient. D’emblée, c’est d’ailleurs blessant pour elles de se faire appeler par le mauvais nom. «Il faut qu’on confronte l’idée, transmise par la société et qu’on a nous-même intégrée, que c’est dégoûtant d’être trans, a expliqué Frank Suerich-Gulick, coordonnateur Finance à Action Santé Travesti(e)s et Transsexuels(le)s du Québec (ASTT(e)Q). Chaque fois que quelqu’un me désignait avec un pronom féminin, j’avais l’impression qu’on me percevait négativement et ça faisait remonter cette idée que j’étais dégoûtant.»

C’est pour cette raison que plus de 1000 personnes dans 135 villes du Québec ont fait un changement de nom genré ou de mention de sexe à l’état civil depuis 1978, selon les recherches de Gabrielle Bouchard, coordonnatrice du support entre pairs et défense des droits trans au Centre de lutte contre l’oppression des genres.

«On a moins de chance d’être harcelé ou de se faire refuser des services si on peut sortir notre carte pour prouver notre identité», a estimé James McKye, coordonnateur à ASTT(e)Q. M. McKye souligne que la clinique juridique de son organisme reçoit chaque mois des dizaines de personnes qui souhaiteraient également faire ce changement.

En décembre 2013, une modification au code civil a été adoptée par l’Assemblée nationale du Québec pour faciliter les changements de mention de sexe en retirant l’obligation de subir une chirurgie des parties génitales. Elle n’est toutefois pas encore effective, puisque son règlement d’application n’a pas encore été adopté. Une consultation publique en commission parlementaire avait lieu la semaine dernière, lors de laquelle les intervenants ont presque unanimement dénoncé de nombreuses failles du projet.

En attendant, Mme Bouchard dénonce la confusion dans les services rendus aux personnes trans au DEC. «Les agents demandent des chirurgies et des traitements médicaux différents selon les personnes, refusent de s’identifier, appellent les gens monsieur ou madame alors qu’ils sont le contraire, donnent des informations personnelles sur des messages vocaux, a illustré Mme Bouchard. Il est grand temps que les règles soient clarifiées et que les agents soient formés pour répondre à nos réalités.»

Une lutte qui concerne tout le monde
La lutte contre la transphobie n’est pas bénéfique que pour les personnes trans, estime Manon Massé. La députée de Québec solidaire dit en être quotidiennement victime, malgré qu’elle ne soit pas une personne trans, en raison de son apparence physique.

«Quand tu oses ne pas offrir l’image de la «vraie» femme ou du «vrai» homme, tu te fais ramasser. Il faut juste aller cliquer «Manon Massé moustache» pour voir les aberrations qui se disent sur l’internet, a rapporté Mme Massé. Je me fais tous les jours appeler monsieur ou dire que je ne suis pas dans la bonne toilette. La lutte à la transphobie, c’est pour aider tous les gens qui peuvent être victimes de ces attaques transphobes parce qu’ils sont différents.»

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