Paul Chiasson / La Presse Canadienne Ensaf Haidar, la femme de Raif Badawi (en arrière-plan)

MONTRÉAL – Les écrits du blogueur saoudien Raif Badawi, qui lui ont valu d’être condamné par le royaume pour insulte à l’islam, ont été rassemblés dans un livre publié mardi à Montréal.

Le recueil «1000 coups de fouet», des Éditions Édito, a été dévoilé mardi à la Place des arts de Montréal, en présence de la femme de Raif Badawi, Eisaf Haidar, réfugiée à Sherbrooke avec ses enfants depuis 2013, après l’emprisonnement de son mari.

Le livre de 62 pages rassemble les 14 billets de blogue que Raif Badawi a écrits entre 2010 et 2012 et qui ont servi de base au tribunal de l’Arabie saoudite pour le condamner à dix ans de prison et 1000 coups de fouet pour avoir critiqué le régime religieux.

M. Badawi est parvenu, au cours d’un appel téléphonique, à dicter un essai à sa femme. Ce court texte sert de préface au recueil.

Il y décrit notamment l’horrible toilette qu’il partage avec d’autres détenus: les feuilles de papier souillées, les excréments, les portes défoncées et rouillées, les murs «poisseux» couverts de graffitis. «Mon regard tombe sur la phrase: ‘la laïcité est la solution’. Stupéfait, je me frotte les yeux pour m’assurer que je vois bien ce que je vois», a-t-il écrit.

Il parle aussi de sa nouvelle vie de détenu, de l’état des toilettes «qui joue un grand rôle dans la formation de la pensée».

«Dès que je m’assieds sur la cuvette, les idées se bousculent dans ma tête», ajoute-t-il.

Les textes de M. Badawi sont simples, drôles et sarcastiques. L’auteur appelle ses concitoyens saoudiens à cesser «de jouer à l’autruche» et d’ignorer comment leur pays refuse de respecter les droits des minorités religieuses. Il explore le concept d’égalité entre les sexes. Il dénonce les dogmes religieux qui nuisent à l’innovation et à la créativité. Il dit à ses concitoyens qu’ils ont le droit «de croire et de réfléchir, d’aimer ou d’haïr, d’être libéral ou islamiste».

Mme Haidar a affirmé que ni la prison, une mauvaise santé ou un moral chancelant n’ont fait perdre à son mari le goût de l’écriture. «Sa santé n’est pas bonne, son moral n’est pas bon mais c’est normal. Il est emprisonné depuis déjà trois ans», a-t-elle rappelé.

L’adaptation est aussi difficile pour les enfants du couple «Ils ont besoin qu’il joue avec eux. Ils ont besoin qu’il les touche. Ils ont besoin de lui parler, de rire avec lui et de lui sourire.»

Mme Haidar, qui apprend le français, a profité du lancement pour remercier le groupe Amnistie internationale qui se démène pour obtenir la libération de son mari.

Ce mois-ci marquera le troisième anniversaire d’emprisonnement de M. Badawi. Il n’a subi qu’une seule séance de 50 coups de fouet. Elles devaient être hebdomadaires, mais elles ont été annulées chaque semaine depuis la première, pour des raisons de santé. La peine de Raif Badawi a été dénoncée partout dans le monde, et Amnistie internationale, notamment, milite pour sa libération.

La Cour suprême de l’Arabie saoudite a confirmé la peine infligée au blogueur. Amnistie internationale et Mme Haidar craignent que les séances de coups de fouet reprennent bientôt.

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