MONTRÉAL – Un déversement majeur d’hydrocarbures provenant de l’oléoduc Énergie Est dans un plan d’eau aurait pour conséquence de priver les citoyens en aval d’eau potable durant des semaines.

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement se penchait, jeudi soir, à Lévis, sur les scénarios potentiels de déversement en cas de rupture du pipeline.

Prenant le cas d’un déversement là où l’oléoduc traverserait la rivière des Outaouais, l’expertise d’une firme indépendante, Savaria Experts Conseils, fait état d’une contamination d’une première prise d’eau municipale en deux heures et l’atteinte de la première prise d’eau de la ville de Montréal en un peu moins de dix heures.

TransCanada a rétorqué avec sa propre expertise, réalisée par la firme Stantec, selon laquelle il faudrait plutôt quatre heures pour se rendre à la première prise d’eau municipale et 40 heures avant d’atteindre celle de Montréal.

L’ingénieure Chantal Savaria, présidente de Savaria Experts Conseils,a reconnu que son expertise avait été réalisée en utilisant une méthodologie plus simple que celle de Stantec, mais elle a soutenu que cela ne changerait pas grand-chose.

«Même si on met des mesures d’urgence (en place), pour avoir vécu Lac Mégantic, je ne pense pas qu’en dedans de deux heures, vous allez être là et vous allez être capables de bloquer ce qui va s’en venir, même pas en quatre heures.»

Elle a précisé que la décontamination et la remise en opération d’une prise d’eau contaminée ne seraient pas une question d’heures ou de jours mais bien de semaines.

Témoignant pour le ministère de la Santé et des Services sociaux, le docteur Michel Savard, expert en santé publique et en mesures d’urgence auprès de la Sécurité civile, a ajouté que les usines de traitement des eaux n’étaient nullement équipées pour traiter des eaux contaminées aux hydrocarbures.

«S’il entre une grande quantité (de pétrole), il y aura une perte de l’usage de l’usine pour une période qui peut être assez longue», a-t-il indiqué, faisant valoir que la prise d’eau de l’usine de Lévis dans la rivière Chaudière avait été condamnée durant 64 jours après la catastrophe de Lac-Mégantic et que la Ville avait dû installer une conduite temporaire d’urgence.

Le vice-président d’Énergie Est pour le Québec et le Nouveau-Brunswick, Louis Bergeron, a, toutefois, cherché à tempérer les craintes des nombreux intervenants, soulignant que, même si «le risque zéro n’existe pas», l’oléoduc serait installé avec toutes les mesures de sécurité et qu’il s’ajouterait à un réseau déjà assez étendu.

«Il y a plusieurs conduites de pipeline qui traversent le fleuve Saint-Laurent», a-t-il rappelé.

«Il y en a neuf dans l’est de Montréal. Il y en a (certaines) qui traversent la rivière des Outaouais. Il y a toutes sortes de transport d’énergie sous le fleuve. On veut travailler pour minimiser le risque.»

Cependant, bien qu’il ait insisté sur la capacité d’intervention rapide que l’entreprise TransCanada promet d’instaurer en cas de déversement, il n’était pas en mesure de détailler ce qu’il a appelé «un plan B», dans l’éventualité où il faudrait approvisionner en eau potable un milieu urbain comme Montréal, Trois-Rivières ou Lévis advenantle cas où leurs prises d’eau seraient contaminées.

Le docteur Savard a, par ailleurs, déploré le fait que l’on ait très peu parlé de contamination terrestre et de ses conséquences.

«C’est avant tout un problème de contamination environnementale, de pollution environnementale. C’est avant tout un problème de perte de maisons ou de puits individuels ou d’un réseau (d’alimentation en eau potable).»

Cette question de contamination terrestre a également été évoquée par Mme Savaria, qui a contesté certaines affirmations de TransCanada.

«Je ne comprends pas qu’on dise que ça n’affectera pas la nappe d’eau souterraine», a-t-elle lancé, se référant à l’expérience de Lac-Mégantic, où son entreprise était intervenue après la catastrophe de juillet 2013 et où une contamination des nappes souterraines avait été constatée.

«On ne peut pas généraliser comme ça; c’est complètement faux», a-t-elle tranché.

Chantal Savaria a également mis en lumière les risques d’une contamination pour les nombreux milieux humides — marais, marécages et tourbières — où passerait l’oléoduc.

«S’il y a un déversement, ça va détériorer le milieu naturel et aquifère qui peut être situé à proximité. Ça va priver de l’usage de l’eau souterraine. C’est un processus irréversible et la durée des travaux de nettoyage et de réhabilitation est de plusieurs années.»

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