Raoul Peck revient aux racines des maux des sociétés modernes dans son nouveau film, Le jeune Karl Marx.

Sorti plus tôt cette année et retenu aux Oscars, le documentaire I Am Not Your Negro montrait les inégalités croissantes et systématiques entre des gens de classes différentes. Son réalisateur Raoul Peck explore maintenant les fondations de ces clivages universels en remontant aux sources : la révolution industrielle du XIXe siècle qui allait engendrer le capitalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui.

«Quand on voit des événements comme la montée de l’immigration – ce qu’on a commodément appelé la crise des migrants –, les menaces nucléaires, les catastrophes climatiques, tout ça a un lien», maintient le cinéaste, rencontré lors de son récent passage à Montréal.

Produit par Robert Guédiguian et coécrit avec Pascal Bonitzer, Le jeune Karl Marx est une fiction de nature réaliste sur les luttes de Karl Marx et de Friedrich Engels. Une leçon d’histoire à une époque qui, selon les dires du réalisateur haïtien, en a bien besoin.

«On ne profite pas du fait qu’on a accès à beaucoup d’information, expose le metteur en scène. Il y a une montée de l’ignorance générale et c’est le plus grand danger qui soit parce qu’on ne peut pas créer le monde de demain sans savoir sur quelle base on est assis.»

«Je me soumets aux règles et aux pressions de ma société ou je me révolte contre cette société? La question se pose toujours. Ce sont des décisions que chacun d’entre nous doit prendre.»  – Raoul Peck, qui fait du cinéma de résistance.

Si le long métrage appelle au changement, il réaffirme la notion d’unité collective qui s’exerce dans la durée. «Ça prend beaucoup de temps pour construire des choses et très peu de temps pour les détruire, rappelle Raoul Peck. On est dans une société où on est isolés dans notre petite sphère privée. On vit des vies anonymes et on est reliés à des réseaux qui n’ont rien de sociaux… C’est très compliqué de créer un collectif. Je pense que si on veut ensemble construire un futur, il faut trouver de nouvelles formes pour le faire.»

Libérer la parole

Bien que Le jeune Karl Marx s’intéresse à des individus qui cherchent à s’affranchir du système en créant un autre mode de pensée, la réalisation du film peut ironiquement paraître classique. Il n’en est rien, selon son auteur.

«On a joué la carte de l’authenticité sur tous les plans: dans la recherche des décors, des costumes et aussi dans la mise en scène, explique Raoul Peck. On ne voulait par recréer l’approche habituelle du biopic, c’est-à-dire d’avoir une histoire qui progresse au fil des relations intimes ou amoureuses des personnages. L’important était de montrer l’évolution des idées, donc de trouver une autre dynamique où la parole, les mots et la pensée deviennent importants sans que ce soit didactique.»

En salle dès vendredi

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