Denis Beaumont/Métro Patrick Bouchard

Le festival s’ouvre aujourd’hui par la présentation du court-métrage Bydlo, de Patrick Bouchard. Et le cinéaste ne pourrait être plus heureux. Il nous parle avec passion de la genèse de son projet.

«Lourd et puissant». Voici les deux mots d’ordre qu’a suivis Patrick Bouchard tout au long de la création de Bydlo. Et en visionnant le résultat, on constate combien il a réussi. Voir ce film d’animation, c’est voir le fruit d’un dur labeur qui aura duré plus de deux ans.

D’ailleurs, le cinéaste originaire du Saguenay souligne que ce court métrage peut aussi être vu comme une métaphore du travail de moine que doit accomplir un animateur. «Souvent, ça prend une semaine pour préparer un seul plan!» s’exclame-t-il.

Inspiré par le quatrième des Tableaux d’une exposition, du compositeur russe Modeste Mussorgsky, Bydlo commence au son d’une bande sonore pesante. On voit un bœuf émerger du sol peu à peu : cornes, museau, sabots… La fumée lui sort par les narines. Tirant péniblement une charrette, la bête massive sort de terre. En plus de la musique de Robert Marcel Lepage, qui adapte l’œuvre originale en lui ajoutant «un petit délire au centre», on entend chaque craquement, tous les bruits du sol, chaque mouvement de la bête. Impressionnant. À ce propos, Patrick Bouchard ne tarit pas d’éloges sur son concepteur sonore, Olivier Calvert. «Je voulais une épaisseur et une richesse de son hallucinante, et ça, c’est la force d’Olivier. On a eu un plaisir fou à faire ça! D’ailleurs, toute la post-production a été un réel plaisir.»

Il n’y a pas de doute, Patrick Bouchard est un tripeux, un passionné. Celui qui a notamment réalisé le court métrage d’animation Dehors novembre, porté par la chanson crève-cœur des Colocs, parle avec ardeur de sa nouvelle œuvre poétique et inspirée. Une nouvelle œuvre qui, selon lui, n’est pas du tout un «film à message». «C’est plutôt un cauchemar, une vision fataliste, qui dépeint l’incompréhension que génère chez moi, chez nous tous, la société actuelle», précise-t-il.

Il faut dire que Patrick Bouchard voulait faire ce film depuis longtemps. En fait, depuis sa 1ère secondaire, année où sa prof de flûte à bec lui a fait entendre la composition de Mussorgsky. Mais ce n’est que 25 ans plus tard, conseillé par Cynthia Tremblay à la scénarisation, qu’il a réussi à faire émerger les idées que suscitait en lui cette pièce. «Le moment où j’ai réalisé que je voulais vraiment faire ce film, que j’avais réellement la flamme, c’est quand j’ai vu, dans ma tête, l’animal sortir de terre. Là, c’est devenu un défi d’animation complètement hallucinant que je voulais absolument relever!»

Et c’est un défi que Patrick Bouchard a relevé avec brio. Épaulé par l’assistant animateur Pierre M. Trudeau, qu’il a «rencontré dans les couloirs de l’ONF», il a donné vie à la bête et aux personnages. Ce soir, il présente le tout dans le cadre de Fantasia, un festival dont il est habitué. «Je suis très fier de faire l’ouverture, dit-il. Je trouve que le film colle vraiment bien au type de public qu’on y trouve. J’espère que la réception sera celle que je souhaite, mais j’ai l’impression que le contexte est très favorable…!»

Bydlo
Présenté avant For Love’s
Sake de Takashi Miike
Jeudi en ouverture de Fantasia

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