Collaboration spéciale Gilles Lellouche et Jean Dujardin dans un sketch du film Les infidèles

Avant son sacre hollywoodien, Jean Dujardin nous avait reçu avec son camarade Gilles Lellouche pour évoquer Les infidèles. Entretien à bâtons rompus avec un duo irrésistible.

Gilles et Jean, depuis quand êtes-vous copains dans la vie?

Jean Dujardin : On se connaît depuis six ou sept ans, mais nos femmes s’étaient rencontrées avant. J’avais tourné avec Mélanie [Doutey], la femme de Gilles, dans Il ne faut jurer de rien. Et Gilles avait tourné avec Alexandra [Lamy] dans On va s’aimer. Elles sont très très copines et on est devenus… très, très copains.

Gilles Lellouche : Ça s’est fait avec le temps. Les amitiés solides, c’est celles qui se font sur la durée. Où tout n’est pas acquis tout de suite.

Jean : Avec de la bonne vodka, ça va plus vite. Mais une petite bière peut suffire.

L’idée de faire un film tous les deux est venue rapidement?
Jean : J’ai l’impression que c’était inévitable. On s’était croisés sur Les petits mouchoirs, j’avais juste tourné quatre jours, mais je savais qu’on allait faire un truc ensemble. Lorsque j’ai eu l’idée de faire un film à sketches, j’ai proposé à Gilles de m’accompagner, d’écrire avec un groupe d’auteurs, Philippe Caverivière, Stéphane Joly et Nicolas Bedos. Le résultat, ça donne Les infidèles. Ça aurait pu ne pas se faire. Mais je ne l’aurais pas fait sans lui.

Gilles : Tout de suite, on a senti qu’on avait quelque chose. Le thème est très fort. L’envie de renouer avec les comédies des années 1960-1970 comme Les monstres de Dino Risi, mêlée avec la liberté de ton des films de Bertrand Blier à l’époque. On voulait faire un film très libre, qui n’appartient à aucun genre particulier. Surtout pas un produit.

A quoi ressemblaient vos séances d’écriture? Au sketch Les infidèles anonymes réalisé par Alex Courtès? Bref, est-ce qu’il y a du vécu dans ce film?
Jean : Vous savez, on a presque 40 balais, on a vécu des choses… Et puis on connaît plein d’histoires de potes… Maintenant j’avoue qu’à l’écriture, ça a pris du temps de lâcher des choses. L’infidélité, c’est un truc très tabou entre mecs, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Mais attention, on ne cherchait pas à se disséquer. Sinon le film s’appellerait L’infidélité. Là, on présente des situations dans lesquelles se retrouvent des hommes infidèles, avec cette envie de retrouver des personnages tristes, veules, d’aller dans la farce, le dur, le grinçant. De se faire un film sur mesure.

Tourner avec plusieurs réalisateurs, c’est séduisant… et compliqué à la fois, non?
Jean : Ça complique surtout la logistique. C’est pourquoi on a opté pour un chef opérateur unique, Guillaume Schiffman, qui a travaillé sur The Artist. Si chaque réalisateur était venu avec sa propre équipe, ce n’était pas jouable. En termes artistiques en revanche, c’est une vraie plus-value. Dans n’importe quel tournage, il y a une sorte de fatigue qui s’installe. Là, chaque réalisateur apportait une relance d’énergie incroyable. Chacun se renseignait sur ce que l’autre avait fait avant, une sorte de stimulation positive…

Gilles : Il y a une dimension jouissive dans le travail collec­tif. Le scénario était ce qu’il était : chaque réalisateur s’est accaparé son sketch pour y ap­poser sa patte, les acteurs aussi.

Vous faites partie d’une génération qui fait tout : acteur, scénariste, réalisateur… C’est naturel? Ça s’est fait par la force des choses?
Jean : Peut-être par la force des choses, peut-être parce que les films qu’on nous propose ne sont pas toujours très excitants. En France, on tombe parfois dans un cinéma un peu trop formaté. La faute à qui? Je ne sais pas… À la ménagère de moins de 50 ans, aux 15-24 ans, des publics ciblés qui auraient des envies très précises. Comme si on était tous interchangeables et qu’il y avait des recettes toutes faites. Alors que nous, on pense qu’il n’y a pas de recettes, juste du plaisir. On fait partie d’une génération de bons mecs, qui a été élevée au cinéma des années 1960, 1970, où la notion de travail collectif voulait encore dire quelque chose. Les Ventura, les Gabin… Mais attention, on n’est pas nostalgiques. Je suis même très fier d’appartenir à la génération actuelle.

Controverse : Un mot sur la première affiche du film qui a été retirée au bout de quel­ques jours. Que répondez-vous à ceux qui les jugent misogynes?
Gilles : Déjà qu’ils aillent voir Les infidèles (rires). Ensuite, qu’ils regardent sur l’internet l’affiche de Paradis pour tous, un film de 1982 avec Patrick Dewaere. C’est la même. À l’époque, personne n’a taxé ça de quoi que ce soit. La nôtre, on l’a faite en connaissance de cause. On sait qu’elle est de mauvais goût. Mais parce qu’elle représente ces personnages bourrins, idiots. C’est une caricature. C’est pour se marrer.

Jean : Demandez à nos femmes si on est misogyne!

Gilles : J’ai l’impression qu’on fait des procès sur tout et n’importe quoi en ce moment. On est en train de devenir plus puritain que les puritains. Qu’auraient fait Desproges et Coluche dans la France d’aujourd’hui? Les femmes qui ont vu le film jusqu’à présent l’adorent pour plein de raisons. Parce qu’il n’est pas misogyne, parce qu’il est tout sauf sexiste, parce qu’il met les hommes à mal. Une spectatrice m’a dit récemment : ça fait bien parce que ça fait partie des rares films où on voit plus de mecs à poil que de nanas!

Les infidèles
En salle dès vendredi

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