Les films Séville Évelyne Brochu et Sivan Levy dans le film Inch’Allah, écrit et réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette

Le beau et le laid d’un pays en guerre se côtoient dans Inch’Allah, film coup de poing d’Anaïs Barbeau-Lavalette, son deuxième long métrage de fiction.

C’est une histoire d’amitié impossible. Une sorte de triangle amical entre une Québécoise, une Palestinienne et une Israélienne.

La Québécoise, c’est Chloé (Évelyne Brochu), une jeune obstétricienne venue travailler en Palestine dans un camp de réfugiés, mais qui habite en Israël. À travers le conflit qui déchire ces deux nations, elle se lie d’amitié avec sa voisine de palier, Ava (Sivan Levy), une gardienne de sécurité dans un check point, et une de ses patientes, Rand (Sabrina Ouazini). Et elle est frappée de plein fouet par la guerre, par la violence, par le mur de séparation, par les check points.

«Ce n’est pas un film sur le conflit israélo-palestinien, assure la réalisatrice et scénariste du long métrage, Anaïs Barbeau-Lavalette. C’est plu­tôt un film sur comment la guerre peut nous rencontrer, nous habiter, même si, a priori, c’est quelque chose qui ne nous appartient pas. En ce sens, le film aurait pu se passer dans n’importe quel autre contexte politiquement difficile.»

Le thème central est la liberté. Et j’ai l’impression que c’est un thème d’actualité. Non seulement à cause du printemps arabe, mais aussi à cause de notre printemps québécois. – Anaïs Barbeau-Lavalette, à propos d’Inch’Allah, son deuxième film de fiction

Ce n’est toutefois pas un hasard si la réalisatrice, qu’on connaît notamment pour son film Le ring (2007) et son documentaire Se souvenir des cendres – Regards sur Incendies (2010), a choisi ce conflit en particulier. Elle-même a passé plusieurs années à voyager en Palestine et en Israël, pour écrire et étudier. Elle s’est forgée des amitiés des deux côtés, desquelles elle s’est inspirée pour créer les personnages d’Ava et de Rand.

Alors, Chloé, c’est un peu Anaïs?
«Il y a quelque chose de moi, c’est sûr, mais à partir du moment où j’ai trouvé ma comédienne, Évelyne, j’ai pu détacher le personnage de moi. C’est un personnage très enraciné qui, petit à petit, dans le film, va être déraciné comme une plante et va se ramasser les racines à l’air.»

Sans en faire une imitation, Évelyne Brochu dit s’être inspirée de la réalisatrice pour interpréter son personnage. «Le regard. Anaïs a tellement un regard puissant! J’ai beaucoup gardé ça en tête. Et quand elle me donnait des notes de jeu, elle vibrait tellement que c’était cette vibration qui me nourrissait.»

Si la trame de fond est plutôt dramatique, pas question pour la réalisatrice de tomber dans le misérabilisme. «Dans ma vision de cette guerre-là et dans le film, j’ai voulu laisser une grande place à la poésie et à la lumière, insiste-t-elle. Parce qu’en voyageant là-bas, on se rend compte à quel point ça cohabite, à quel point le laid côtoie le beau, la vie côtoie la mort, le rough côtoie le doux.»

C’est pour cette raison qu’on trouve ici une histoire d’amour, une allusion à une sorte de Star Académie arabe, ou encore, des enfants qui scrutent une revue porno dans le dépotoir où ils travaillent. Les enfants occupent d’ailleurs une très grande place dans le film. «Parce qu’ils sont porteurs d’espoir, affirme doucement la réalisatrice, enceinte jusqu’aux oreilles. Je trouve que, juste en étant, ils racontent quelque chose de grand et d’inspirant.»

Comme Safi, le jeune frère de Rand. Ce petit bonhomme qui se promène constamment en costume de super­héros, sale, dans les déchets, et qu’Anaïs Barbeau-Lavalette dé­­crit comme «une image de la résistance poétique».

Malgré qu’il soit dur et très réaliste, Inch’Allah nous laisse avec une image d’espoir et un désir d’aller à la rencontre de ces deux cultures. Qu’on soit Québécois, Palestinien ou Israélien, impossible de ne pas rester marqué en sortant de la salle.

Une expérience marquante pour Évelyne Brochu
Pour le rôle de Chloé, Évelyne Brochu a dû apprendre l’arabe, aller faire du repérage en Palestine et en Israël, où elle a traversé un check point, et… partir deux mois en Jordanie pour le tournage. «Ç’a été, et de loin, l’expérience artistique et humaine la plus forte que j’ai vécue de toute ma vie», résume la comédienne.

La réalisatrice et les producteurs ont choisi des enfants qui font réellement partie de camps de réfugiés pour jouer dans le film, ce qui en a fait une expérience unique. Et les membres de l’équipe de tournage venaient d’un peu partout. «C’était beau à voir!, se souvient la comédienne. Des Libanais, des Israéliens, des Palestiniens, des Québécois… Tout ce beau monde-là a travaillé ensemble à une œuvre collective.»

Évidemment, il y a eu quelques moments plus difficiles. «C’est une réalité qui fait souffrir beaucoup de gens. Et je retiens surtout la chance que nous avons de pouvoir aller des deux côtés du mur.»

Pour voir la bande-annonce de Inch’Allah
En salle le 28 septembre

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