Remstar Dans La vie d’une autre, Juliette Binoche joue une femme qui oublie les 15 dernières années de sa vie, entre sa rencontre avec son mari (Mathieu Kassovitz) et leur divorce imminent, et qui tente de le reconquérir.

L’actrice et écrivaine française Sylvie Testud dirige Juliette Binoche dans son premier film à titre de réalisatrice, La vie d’une autre.

On la connaît pour ses rôles dans Stupeur et tremblements et dans Sagan, puis pour ses romans. Un peu par hasard, Sylvie Testud se retrouve maintenant derrière la caméra, signant une adaptation d’un roman de Frédérique Deghelt, La vie d’une autre, l’histoire de Marie, 40 ans, qui se réveille un matin en ayant oublié les 15 dernières années de sa vie. Elle réalise qu’elle est mariée à l’homme qu’elle commençait à fréquenter à 25 ans… et que ce mariage est sur le déclin.

«Au départ, deux jeunes producteurs qui avaient acheté les droits du livre étaient venus me voir pour que j’écrive le scénario et que je tienne le rôle principal, explique-t-elle. Je me suis dit : “Génial, je vais m’écrire un super rôle!” Mais ça ne s’est pas passé comme prévu parce que plus j’écrivais, plus le personnage était loin de moi. Je pensais à Juliette Binoche en écrivant, et quand elle a dit oui, je me suis dit que je ne pouvais plus lâcher le projet!» Métro a discuté avec l’artiste touche-à-tout.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement interpellée dans ce projet?
Cette question qu’on a tous déjà entendue : que penserait l’enfant que tu étais de l’adulte que tu es devenu? C’est une angoisse qu’on a tous, de savoir si on est resté fidèle à soi-même.

Quand j’avais 16 ans, je suis allée voir La mouette, de Tchekov. Une phrase dans cette pièce m’a rendue folle de rage : à vivre, on perd. Je trouvais que la vie, c’était dégueulasse, si on la pensait comme ça, autant crever tout de suite, quoi. Et du coup, dans le film, c’est comme si la vie donnait une chance à Marie, comme si elle la prévenait d’avance de cette phrase de merde.

Ayant vous-même écrit des livres, avez-vous eu tendance à rester très fidèle au roman de Frédérique Deghelt en l’adaptant?
Moi, quand mon livre a été adapté, j’ai donné le droit à la réalisatrice d’en faire ce qu’elle voulait, car je considérais que j’étais arrivée au bout du processus de création. Et Frédérique a eu la même réaction que moi, donc j’ai pris beaucoup de libertés.

Par exemple?
Dans le livre, c’était le mari qui était l’homme d’affaires, qui sortait beaucoup et qui négligeait sa femme. Moi, j’avais envie qu’elle ne soit pas une victime, que ce qui lui arrivait, ce soit elle qui l’ait décidé. Je pense que, si on donnait le pouvoir aux nanas, elles seraient bien capables d’être aussi connes que les hommes. J’aime bien inverser les attentes. J’aime bien les femmes qui investissent le monde sans se demander si elles sont une femme ou un homme.

J’aimerais qu’en sortant de la salle de cinéma, les gens se disent : “Qu’est-ce que ça peut foutre? Vivons, quoi.” – Sylvie Testud

Et votre expérience d’actrice vous a-t-elle, à votre avis, permis certaines choses qui échappent parfois aux réalisateurs?
C’est sûr. Certains réalisateurs devraient essayer de jouer, de répondre aux attentes d’un metteur en scène et de réaliser que c’est important de bien choisir ses mots… En tant qu’acteur, on attend une information et on essaie de l’amener à la vie. C’est plus facile quand on est acteur à la base, parce qu’on ne voit pas les autres comédiens comme des animaux étranges.

La vie d’une autre
En salle dès vendredi

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