Alliance films La cinéaste canadienne Ruba Nadda sur le plateau de son plus récent film, Inescapable

Un homme doit affronter son passé et retourner en Syrie dans Inescapable, le nouvel essai de Ruba Nadda, qui n’aurait pas pu arriver sur les écrans à un meilleur moment.

Les voyages ne forment pas seulement la jeunesse. Ils sont également derrière les scénarios de films, comme celui d’Inescapable. «C’est mon projet qui est le plus près de moi, avoue la charmante cinéaste Ruba Nadda, rencontrée dans un hôtel montréalais. En 2005, j’ai présenté mon film Sabah au Moyen-Orient, et mon père n’était pas content. Il me disait de ne pas disparaître, sinon il allait partir à ma recherche.»

C’est justement ce qui arrive ici. Sans nouvelles de sa fille, Adib Abdel Kareem (Alexander Siddig) quitte Toronto pour revenir à Damas – la ville qu’il a fuie 25 ans auparavant –, où il renoue avec son ancienne fiancée (Marisa Tomei).

«Les immigrants arrivent au Canada pour recommencer à neuf, reconnaît la réalisatrice et scénariste. Mais ils laissent toujours quelqu’un ou quelque chose derrière. Et je ne crois pas qu’ils sont capables d’oublier d’où ils viennent. C’est ça, le problème. Peu importe jusqu’où ils courent et se cachent, ils ne peuvent pas échapper au passé.»

Née à Lachine d’un père syrien et d’une mère palestinienne mais ayant passé une partie de son adolescence en Syrie, Ruba Nadda s’est surtout plongée dans ses souvenirs pour construire son long métrage. «J’ai une mémoire photographique. Tout ça est inscrit dans mes os, dans mon ADN. Trouver des personnes en Syrie pour répondre à mes questions est impossible, parce que les conséquences seraient terribles pour elles.»

Contrairement à ses précédentes offrandes Sabah et Cairo Time, où les histoires d’amour prenaient beaucoup de place, Inescapable est à la fois un drame familial, un récit d’action et d’espionnage… et une «romance». Un amalgame qui plaît bien à sa créatrice. «Je raconte des histoires. Je suis intéressée par des gens ordinaires qui sont plongés dans des situations extraordinaires. À mes personnages, je balance toujours plein d’obstacles… À l’origine, il devait y avoir encore plus d’éléments romantiques. Mais lorsque le Printemps arabe a explosé, j’ai pris soin de ne pas faire un Cairo Time 2, alors que tant de choses dégueulasses surviennent actuellement. Je ne voulais pas que les spectateurs quittent la salle en retenant seulement la belle histoire d’amour à Damas.»

Printemps arabe : avant que mon cœur bascule
Ruba Nadda a volontairement décidé qu’Inescapable se déroulerait avant le Printemps arabe et la guerre civile qui fait actuellement rage en Syrie.

«J’ai écrit ce scénario pendant les cinq dernières années, et c’est mon expérience de Damas, explique la réalisatrice. Lorsque j’ai commencé la préproduction du film, j’ai réalisé que je ne pouvais pas être à jour avec tout ce qui se passait en Syrie. Le changement se fait au quotidien, et le mieux que je pouvais faire était d’apporter un contexte à ce qui survenait là-bas.»

Inescapable
En salle dès vendredi

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