AlexandreVernerey Jean-Louis Trintignant

À l’occasion du Festival international de littérature (FIL), le monstre sacré du cinéma français Jean-Louis Trintignant livre ces jours-ci un récital consacré à trois poètes libertaires du 20e siècle. Métro a assisté à la première, dimanche soir au théâtre Outremont.

On dit qu’il connaît plus de mille poèmes par cœur. Dimanche, Jean-Louis Trintignant nous a offert, assemblés par thématiques comme l’amour, la mort, l’antimilitarisme, un florilège des trois poètes qui lui ressemblent le plus en raison de leur tempérament anarchiste : Jacques Prévert, Boris Vian et, le moins connu, Robert Desnos. Un poète et un résistant mort du typhus dans un camp de concentration, apprendra-t-on à la fin de ce spectacle d’une heure trente.

Dès le lever du rideau de velours rouge, on ne peut observer ce monsieur à la fois noble, digne et frêle, sans penser à tous ces films dans lesquels il nous a émus et chavirés, comme Un homme et une femme de Lelouch. Impossible aussi de ne pas songer au chagrin imputable à la tragique disparition de sa fille, Marie et, ainsi va la vie, au temps qui passe sur ses cheveux clairsemés.

L’homme a 81 ans et les blessures se reflètent, consciemment ou non pour le spectateur, dans la dureté des propos qu’il récite avec une justesse désarmante et un ton sobre. Mais tout n’est pas sombre, parce que Trintignant trempe aussi ses lèvres dans la sublime ivresse de vivre des poètes et des extraits ou des mots d’esprit à la fois tragiques ou souriants, comme celui-ci de Desnos qui fait toujours mouche entre certains textes : «Ils étaient quatre qui n’avaient plus de tête, Quatre à qui l’on avait coupé le cou, On les appelait les quatre sans cou.»

Accompagné par l’accordéoniste Daniel Mille, qui dépose des notes aussi dépouillées que sophistiquées, et le violoncelliste Grégoire Korniluk, Trintignant égrène ses textes confortablement calé dans un fauteuil, sans l’aide de feuilles, en tendant parfois un regard complice vers les deux musiciens installés à sa droite .

S’il possède toujours cette voix mélancolique qui a pour effet de magnifier les mots tant à l’écran que sur les planches, quelques chats (noirs?) sont parfois venus le faire toussoter.

Au total, c’est plus d’une trentaine de poèmes et une nouvelle de Prévert que nous aura distillés Trintignant, en plus de la version originale de la fameuse lettre au président, Le Déserteur,et sa chute, censurée à l’époque. Celle où Boris Vian disait au Président : «Prévenez vos gendarmes que j’emporte des armes et que je sais tirer.»

Après un volet sur l’amour – il faut entendre le magnifique Il était un millier de fois de Desnos – Trintignant nous offrait en guise d’ultime salutation Pourquoi je vis? de Boris Vian.

La salle s’est levée de bond pour applaudir de façon à la fois émue et nourrie, et l’homme, à l’image de ce spectacle cousu de clins d’œil et de références subtiles, nous proposait en guise de rappel «Rappelle-toi Barbara, il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là…», de Prévert.

Nous sommes sortis et dehors, une brise d’automne nous soufflait qu’il faisait bon d’être en vie.

 Amour de Michael Haneke
«Et si nous essayions d’être heureux, ne serait-ce que pour montrer l’exemple?», a lancé Jean-Louis Trintignant, citant Prévert comme il l’avait fait au dernier Festival de Cannes en montant sur scène pour accompagner Amour de Michael Haneke. Le film récipiendaire de la Palme d’Or 2012 dans lequel il tient le premier rôle en compagnie d’Emmanuelle Riva.

Le spectacle sera présenté encore lundi et mardi soir.

 

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