Babine : Au pays des merveilles
Vincent-Guillaume Otis a quitté l’enfance depuis longtemps, mais quand on lui demande à quel âge il aimerait retourner s’il en avait la chance, le comédien donne toujours la même réponse.
«À ce genre de jeu, j’ai toujours répondu huit ans, rigole l’acteur. Parce qu’à huit ans, tu es encore dans le rêve. Tu vas jouer dans la ruelle et tu peux être un chevalier ou un bandit. Tu es dans l’émerveillement. À cet âge-là, je ramassais des bouteilles vides, j’allais les vendre au dépanneur, pis je m’achetais des bonbons. Quand j’avais 25 sous en poche, je me croyais riche. Aujourd’hui, on en veut toujours plus. On a perdu cette innocence, cette faculté de s’émouvoir devant les choses les plus simples.»
Pour se glisser dans la peau de Babine, le héros des contes de Fred Pellerin et du dernier long métrage de Luc Picard, Vincent-Guillaume Otis a dû replonger dans cette période heureuse de son existence. Le comédien compare son personnage à un grand enfant.
«Babine n’a pas de malice, observe-t-il. Il n’a pas de rancÅ“ur. On l’accuse à tort de tous les maux du village, mais il ne s’en fait pas avec ça. Tout ce qu’il veut, c’est être aimé. Il ne veut pas être aimé pour arriver à ses fins. Ce n’est pas de façon machiavélique.»
Pour s’imprégner de cette énergie juvénile, Vincent-Guillaume Otis n’a pas dû se soumettre à plusieurs séances de psychanalyse. Depuis 2003, le comédien dirige Picouille Théâtre, un organisme à but non lucratif voué à l’adaptation des classiques de la littérature internationale pour les enfants.
«J’aime le contact avec les jeunes, parce qu’il y a quelque chose de très vrai, indique Otis. Quand ils n’aiment pas ça, tu le sais tout de suite. Ils se mettent à bouger sur leurs sièges. C’est franc.»
Otis s’est aussi inspiré des prestations de Sean Penn dans I Am Sam et de Dustin Hoffman dans Rain Man pour composer Babine. Sa performance a d’ailleurs grandement impressionné Luc Picard en audition.
«J’ai vu plein de bons comédiens, mais on l’a vu tout de suite avec Vincent-Guillaume, raconte le cinéaste. Il avait l’air blasé. Il avait quasiment l’air bête. Ça dénotait chez lui une intuition forte par rapport à ce type de personnage.»