Denis Beaumont/Métro La chanteuse et médecin, Rupa Marya et son groupe, the April Fishes

«Je suis une fille d’extrêmes. J’ai toujours aimé me balader entre les sujets délicats, intimistes et les thématiques engagées, ouvertes sur le monde», confie Rupa. Build, le disque que la chanteuse et son groupe, the April Fishes, font paraître demain, ne fait pas exception à la règle.

Après EXtraOrdinary Rendition et Este mundo, Rupa et ses Poissons d’avril récidivent avec Build. Un album où ska, reggae, folk et musique tzigane se mêlent en un tout tantôt festif, tantôt émouvant. Si les premières pièces sont marquées par les révoltes sociales récentes, tel le mouvement Occupy, en milieu de disque, la chanteuse se vide le cœur sur des sujets plus intimes.

Sur Firewater, par exemple, elle parle des ravages causés par l’alcoolisme. Sur Gone, elle raconte la fois où elle est rentrée de tournée, pour voir «un grand trou noir à l’endroit où son amour se trouvait autrefois». «Je commençais tout juste à comprendre ce que je voulais faire de ma vie, avec mon art, et mes relations personnelles, dont cette histoire d’amour, une des plus intenses que j’aie jamais vécues, ont commencé à voler en éclats. J’ai alors dû évaluer qui, de mes proches, serait encore là pour moi dans l’avenir, et qui m’abandonnerait vite fait.»

Rupa confie toutefois que cette «grosse peine d’amour» et «son cœur brisé en mille morceaux» l’ont rendue encore plus ouverte, encore plus compatissante à ce que les gens autour d’elle vivaient. «J’étais vulnérable et, du coup, très à l’écoute de ce qui se passait sur la planète. Et il s’en est passé des choses dans la dernière année! Ç’a été une époque très fertile pour moi.»

Ainsi est né Build (construire). Un disque où l’artiste engagée appelle non seulement à refaire le monde, mais aussi à se rebâtir soi-même. «Pour atteindre un équilibre extérieur, il faut d’abord atteindre un équilibre intérieur. Il faut trouver l’équilibre entre le politique et le personnel», croit-elle.

Rupa confie d’ailleurs qu’elle-même a dû se reconstruire. Comme elle est à la fois musicienne et médecin, deux professions qu’elle combine avec adresse, elle passe plusieurs mois par année à l’hôpital de San Francisco, où elle travaille, et le reste du temps à sillonner le monde en compagnie de son groupe. «J’ai l’impression d’être devenue une vraie nomade, dit-elle en riant. Il y a quelques semaines, avant de partir en tournée, j’ai quitté mon appartement et j’ai laissé mes choses chez ma mère. J’ai eu l’impression que je n’avais plus de maison! En même temps, je fais ce que j’aime. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est souvent merveilleux!»

Cette dualité, la chanteuse polyglotte l’illustre à merveille dans la pièce rassembleuse Sur la route, dans laquelle elle confie qu’elle passe sa vie en déplacement. «J’ai perdu tant de choses en chemin, j’ai dû laisser tant de gens derrière moi! Mais j’ai fini par réaliser que rien ne sert de pleurer, observe-t-elle. Je dois capituler, m’abandonner à la route. C’est une chanson très puissante pour moi. Chaque fois que je l’interprète, je sens que j’ai enfin accepté ma vie. Que j’ai accepté l’inconnu.»

Build
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