Même s’il a écrit la plupart des paroles de Sentiments humains alors qu’il se trouvait dans un «état intense de bonheur», Pierre Lapointe avoue que les titres de son troisième opus tirent leur origine d’une phase plutôt trouble de sa vie.

Le chanteur explique qu’après la sortie de La forêt des mal-aimées, en 2006, il a traversé une période plutôt difficile.

«J’ai passé deux ans sans rien écrire. J’étais chez nous à regarder mon piano, et ça ne me tentait pas, raconte-t-il. Je ne carbure pas à la douleur. Quand je vis quelque chose de triste, je suis incapable de créer. J’ai besoin de recul.»

Au-delà du propos parfois dur de son album, le nouveau Pierre Lapointe se manifeste également dans sa façon de chanter.

L’ex-étudiant en théâtre interprète ses pièces avec un abandon et une hargne qu’on ne lui connaissait pas. Cet épanouissement vocal, Lapointe le doit à l’aventure Mutantès, souligne-t-il.

«Avant, j’osais juste aller ailleurs avec des chansons qui n’étaient pas à moi, tandis qu’avec les miennes, j’avais tendance à regarder tout autour et à demander : “Est-ce que c’est correct?”

Mais à force de répéter Mutantès, je me suis mis en bouche mes propres chansons, raconte-t-il. Et quand je suis entré en studio, tout avait eu le temps de se placer. C’était devenu une deuxième nature. Je pouvais enfin mordre dans mes propres mots.»

Un album chargé

Au départ, Sentiments humains devait compter une quinzaine de titres. C’est Pierre Lapointe lui-même qui a tenu à réduire à 12 le nombre de chansons figurant sur l’opus, dont la version finale ne dépasse pas les 40 minutes.

«Quand je l’ai écouté pour la première fois, je l’ai trouvé tellement dense et lourd, que j’en suis sorti complètement épuisé, rapporte-t-il. Je ne pouvais pas lancer un disque aussi chargé. Je me disais que les gens allaient vouloir se crisser un coup de hache dans la figure!»

Mémo aux fans inquiets : Pierre Lapointe a pensé à vous. Les 15 000 premiers exemplaires de Sentiments humains seront offerts avec Les vertiges d’en haut, un mini CD comprenant cinq pièces n’ayant pas trouvé leur place sur l’album.

Plus intimiste

C’est le 18 avril que Pierre Lapointe donnera le coup d’envoi de sa nouvelle tournée de spectacles. Contrai­re­ment à ce qu’il a fait pour Mutantès, il ne sera pas accompagné d’un chÅ“ur grec et d’une demi-douzaine de danseurs dans cette aventure… et c’est très bien ainsi, comme l’indique le principal intéressé.

«J’avais hâte de retrouver mes musiciens, dit-il. J’ai besoin d’un vrai spectacle qui ne soit pas réglé au quart de tour. Je déteste les shows où l’artiste introduit sa toune en disant des trucs appris par cÅ“ur comme : “Souvent, dans la vie, c’est difficile. La prochaine chanson est…” Ça m’énerve des affaires de même!»

Autre truc qui le gonfle, les spectateurs qui passent leur temps à prendre des photos pendant ses concerts.

«C’est rendu que les gens dans la salle regardent le show dans l’écran de leur caméra! s’exclame-t-il. Tout ça pour pouvoir revivre le moment qu’ils ne sont pas en train de vivre une fois rendus chez eux. Moi, je pogne les nerfs après ceux qui filment pendant mes shows. Crisse, on est en train de vivre quelque chose! Vivez l’instant présent et rappelez-vous-en! On s’en câlisse de ce que vous allez regarder sur votre ordinateur avec un mauvais son et une mauvaise image!»

Tenez-vous-le pour dit.

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