Denis Côté: Étrangement conventionnel
Le Festival du Nouveau Cinéma tire à sa fin, et c’est le nouvel essai de Denis Côté qui en assurera la clôture. Fort de ses deux prix remportés au Festival de Locarno (Léopard d’argent de la Meilleure réalisation et prix d’interprétation masculine), Curling traite de l’éducation stricte que reçoit une adolescente (Philomène Bilodeau) de son père (Emmanuel Bilodeau).
Les cinéphiles habitués aux précédents efforts du cinéaste trouveront que son cinquième long métrage est étrangement normal. «C’est peut-être une sorte d’aboutissement de tous mes autres films, confie le réalisateur rencontré dans un cinéma. Il est moins formellement baveux.» Sans doute que le mot «mature» sera utilisé plus souvent qu’autrement. «Ça veut dire quoi, au juste, le mot « mature »? Accessible? Commercial? Abordable? C’est plus classique, plus conventionnel, mais je pense que je l’ai pimenté en masse», souligne Côté.
La présence d’une vedette établie (Emmanuel Bilodeau) et d’un plus gros distributeur (Métropole) ne semble avoir eu aucun impact sur son processus créatif.«Je ne m’autocensure à aucun niveau, raconte celui qui était à Cannes l’année dernière pour présenter Carcasses. Je n’ai jamais fait de pub, de clip, de télé. Ça fait 15 ans que tout ce que je fais est au « je » sans
compromis. Je n’ai jamais eu à rendre de comptes à quelqu’un, à un patron. Curling me ressemble à 100 %, il n’y a personne qui m’a dit quoi faire. Les règles de l’industrie, je n’en souffre toujours pas.»
La méthode Denis Côté
Curling porte la signature de Denis Côté. On y retrouve d’ailleurs sa façon de mélanger comédiens expérimentés et débutants, notamment en recourant à un acteur reconnu comme Emmanuel Bilodeau qui donne la réplique à sa propre fille Philomène, qui apparaît pour la première fois à l’écran.
Il y a également cette tendance à mélanger les genres, débutant le récit sur un ton plus décalé, pour glisser ensuite vers le drame et le suspense, où les cadavres ne sont pas rares. «Il y a des gens qui sont encore mêlés à la fin, car ils l’ont regardé du point de vue du thriller, explique le créateur de Elle veut le chaos. Ça ne m’intéresse pas. Tu as un père et une fille, et autour, j’ai saupoudré ça de mystères, de fausses pistes.»
Comme dans Les états nordiques et Nos vies privées, deux des films du réalisateur, Curling se déroule loin des grands centres urbains, dans des endroits perdus où à peu près tout peut survenir. «Je suis quelqu’un d’urbain, je ne sors jamais de la ville, avoue celui qui s’envolera bientôt vers l’Europe pour assister à une rétrospective de son Å“uvres que lui consacre le Festival de Vienne. Si je sors de Montréal, c’est pour tourner un film.»
«La forêt, je la mythifie. Il y a des monstres, des légendes, tu peux te faire attaquer à tout moment, poursuit le cinéaste. Lâche-moi sur un rang en campagne et ça devient un poème. Une maison isolée? C’est sûr qu’il y a un maniaque là-dedans! Ça m’inspire beaucoup.»
Curling
En salle dès le 12 novembre