Incendies: Voyage dans un monde de guerre et d'exil
En l’espace de quelques années à peine, Denis Villeneuve est passé à travers deux épreuves: recréer les événements de la tuerie de Polytechnique, et continuer à explorer le thème de la colère en adaptant la pièce Incendies, de Wajdi Mouawad, qui plonge deux jumeaux (Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette) dans une quête au Moyen-Orient afin de mieux connaître leur mère (Lubna Azabel).
«Pour moi, c’était comme un cours d’écriture», explique le cinéaste, en parlant de son essai labyrinthique, qui alterne sans cesse entre le passé et le présent. C’est justement cette structure si spéciale qui l’a d’abord attiré dans la pièce de théâtre. Tout comme le pouvoir des images et des sujets évoqués. Pas question pourtant de se lancer dans ce projet fou d’adaptation en gardant le metteur en scène de la version originale dans les parages. «Je ne pense pas que j’aurais été capable de faire le film si j’avais eu le regard de Wajdi au-dessus de mon épaule, pour la simple et bonne raison que ça m’aurait castré au maximum, affirme le réalisateur de Mælstrom. J’aurais été intimidé. C’est vraiment un auteur d’une grande force, et moi, je me suis abreuvé de cette force-là.»
Cette énergie créatrice se répercute chez les acteur , dont le jeu est intériorisé. Principalement connue au cinéma pour les deux comédies pour ados À vos marques… Party!, Mélissa Désormeaux-Poulin change complètement de registre, troquant les rires contre un drame aux forts accents mythologiques. «Je la sentais très fort, cette femme-là, laisse savoir l’actrice qui incarne un être qui se laisse davantage guider par la raison que par les sentiments. C’était plus difficile pour moi à jouer, car je suis une fille super sensible et émotive.»
Le personnage à qui donne vie Maxim Gaudette verse plutôt dans l’humour noir et la négation pour éviter de souffrir. Un mécanisme de défense qui ne sera pas éternel pour lui. «Tu ne peux pas vivre en ignorant tes origines toute ta vie, raconte celui qui a marqué un grand nombre de cinéphiles avec Polytechnique. Un moment donné, mon personnage n’aura pas le choix de s’ouvrir à ça, et les barrières vont enfin tomber.»
Éviter la tempête
Cela est bien connu, le manque d’argent et de temps est toujours chronique au cours de la préparation d’un film québécois. Selon Denis Villeneuve, cela s’est fait sentir sur le plateau d’Incendies, qui a été tourné au Québec et en Jordanie. «Je m’étais dit que, faire le film sans mot, c’était le plus beau compliment que je pouvais faire à la pièce. Mais cela aurait coûté trop cher, souligne le cinéaste. J’ai beaucoup couru pour faire la mise en scène. Parfois, je me disais: « Je ne peux pas croire que j’ai écrit ça pendant quatre ans et que j’ai seulement 15 minutes pour faire ce plan-là! » Je trouvais ça aberrant.»
«Si ça avait été mon premier film, je me serais tellement cassé la gueule! poursuit Denis Villeneuve. J’ai été capable de le faire parce que j’avais des ressources et de l’expérience.»
Incendies
En salle dès vendredi