Denzel Washington: danger sur les rails
À 54 ans, Denzel Washington campe un cheminot lancé à la poursuite d’un train sans conducteur dans Unstoppable (À fond de train). Un film d’action sur fond de crise sociale,
inspiré d’une histoire vraie. Rencontre avec un géant d’Hollywood, aussi charismatique que modeste.
C’est votre cinquième film avec le réalisateur Tony Scott. Quel est le secret de votre association?
J’aime Tony! On a eu beaucoup de succès ensemble, on s’entend bien. Nous sommes de bons amis. C’est un très bon réalisateur, je lui fais confiance… Et il fait appel à moi!
Vous avez grandi à New York dans une famille modeste. Unstoppable, avec ses cheminots frappés par la crise, est-il une forme d’hommage à la classe ouvrière américaine?
Ce n’est pas la raison pour laquelle j’ai accepté le rôle. Mais rapidement le film est devenu un hommage aux gens que j’ai rencontrés dans la région où nous avons tourné. Dans l’Ohio, dans l’ouest de la Pennsylvanie et de la Virginie. Des zones très pauvres où le taux de chômage est élevé et où ceux qui ont une job travaillent dur pour la garder. Unstoppable ne parle pas simplement d’un train lancé à toute vitesse. Il aborde des tas de problèmes de l’Amérique d’aujourd’hui.
On y voit effectivement des gens qui sont attachés à leur outil de travail, alors que leur patron vit complètement déconnecté de la réalité…
Nous vivons à une époque où les gens ont envie de se défouler sur le «big guy». Mon personnage, Frank Barnes, est un mec comme n’importe quel spectateur dans une salle de cinéma. Il va perdre sa job mais par amour de son métier, il n’hésitera pas à aller à l’encontre des ordres de sa direction.
À quel point vous êtes-vous éloigné de l’histoire vraie?
Les deux types que Chris Pine et moi interprétons, ont réellement poursuivi à reculons ce train lancé à toute vitesse et l’ont «amarré» à leur wagon. Maintenant, je ne suis pas sûr qu’il allait aussi vite que dans le film! Je ne pense pas non plus qu’ils ont couru sur le toit et qu’il y a eu toutes ces explosions! Ça, c’est du cinéma… (Rires)
Faites-vous vos cascades vous-même comme Tom Cruise?
Vous l’avez vu accroché à cette tour à Dubai l’autre jour (NDLR : sur le plateau de tournage de Mission Impossible 4)? Je ne ferais jamais un truc pareil! Il est fou! Le toit d’un train, c’est la hauteur maximum à laquelle je puisse grimper. Si Tom adore gravir des montages à mains nues, conduire de grosses motos, tant mieux pour lui!
Avez-vous besoin de partager les valeurs de votre personnage?
Non, pas nécessairement. Regardez Franck Lucas dans American Gangster, c’est un meurtrier et un dealer, je ne partage absolument rien avec lui! (rires). Pareil pour Alonzo Harris dans Training Day…
Un film qui vous a valu l’Oscar du Meilleur acteur. Était-ce amusant de le recevoir pour le pire salaud de votre carrière?
De façon générale, je ne recherche pas les «rôles à Oscar». Maintenant, je n’imaginais pas recevoir une nomination pour Training Day; ç’a été une surprise totale.
Vous étiez le premier Afro-Américain à l’emporter depuis Sidney Poitier en 1958. Est-il l’une de vos plus grandes influences?
Pas vraiment, car à mes débuts, Sidney tournait des comédies, il ne faisait plus vraiment de rôles dramatiques. La seule star noire, c’était Richard Pryor, et c’était plutôt un comique. Si bien que je n’avais pas vraiment de référence. J’avais suivi des cours de théâtre à l’école, les gens me trouvaient bon et ça me plaisait. Je m’imaginais faire carrière à Broadway, pas au cinéma. Hollywood ne me fascinait pas plus que ça. J’étais plutôt attiré par le cinéma indépendant, j’adorais Taxi Driver par exemple.
Vous avez récemment renoué avec le théâtre, et avec succès !
Oui, j’ai joué dans la pièce Fences, d’après August Wilson. Viola Davis et moi avons remporté les Tony Awards de la Meilleure actrice et du Meilleur acteur. L’expérience était formidable et on a battu tous les records d’entrées sur Broadway. La boucle est bouclée. J’ai même repris une maison à New York que j’avais quittée en partant à Los Angeles. Je m’étais dit que je n’y resterais que quelques semaines… Finalement, ça a duré 28 ans! C’était d’autant plus le moment de rentrer que nos enfants sont assez grands pour vivre sans nous.
Unstoppable
En salle dès vendredi