Yves Provencher/Métro Nuria Garcia dans la une scène de Pique, qui se déroule essentiellement à Las Vegas.

Avec Pique, le premier volet de sa tétralogie Jeux de cartes, Robert Lepage signe une impressionnante mise en scène réglée au quart de tour et mettant à profit la scénographie circulaire de la TOHU.

«Attends, ils n’étaient pas plus que ça?» a été notre première réaction quand les six comédiens (Sylvio Arriola, Nuria Garcia, Tony Guilfoyle, Martin Haberstroh, Sophie Martin et Roberto Mori, qui cosignent également les textes) sont réapparus sur la scène circulaire pour saluer, quelque deux heures et demie après avoir entamé Pique, la création de Robert Lepage et de sa compagnie Ex Machina. C’est que les acteurs incarnent toute une galerie de personnages différents (soldat, femme de chambre, prostituée, homme d’affaires, couple de jeunes mariés) à Las Vegas, en 2003, à l’aube de la guerre en Irak.

Deux heures et demie; une pléthore de personnages; des changements de décor faits de portes qui se lèvent et se baissent, de bars et de lits qui émergent du plancher; des textes en français, en anglais et en espagnol (accompagnés de sous-titres); une mise en scène qui se déploie sur 360 degrés… Les risques étaient nombreux, mais Robert Lepage les a évités avec brio, orchestrant sa mise en scène de façon que tout se déroule avec fluidité, et que peu importe l’endroit de la salle où on est assis, le spectacle demeure fascinant.

Grâce à la mise en scène inventive, certes, mais aussi parce que Pique s’avère une fresque puissante composée de scènes extrêmement fortes, abordant des thèmes comme la guerre entre l’Orient et l’Occident, le jeu compulsif, la tricherie et le mensonge… Sans nous imposer de longueurs inutiles, Lepage nous laisse nous attacher aux personnages, vivre ces moments qui passent efficacement de la légèreté à la dureté la plus extrême. On demeure suspendus aux lèvres des interprètes, tous étonnamment polyvalents, alors qu’on reconnaît au détour d’une réplique plusieurs des préoccupations chères à Lepage (on sourit en entendant le personnage du physicien québécois parler de «l’infiniment grand et de l’infiniment petit», à l’instar du héros de La face cachée de la lune, il y a plus d’une décennie) et qu’on se laisse porter par la charge émotive qui ne s’essouffle pas. Le théâtre sied résolument bien à Robert Lepage…

Pique
À la TOHU
Jusqu’au 25 janvier

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!