collaboration spéciale Alejandra Ribera

La chanteuse Alejandra Ribera parle des influences de ses périples sur la création de son plus récent album, La Boca, qu’elle vient jouer au Festival international de jazz de Montréal (FIJM).

Quand vient le temps de lancer un album, Alejandra Ribera aime prendre son temps. Les chansons de son disque La Boca était écrites depuis longtemps, mais la Montréalaise d’adoption a longuement travaillé sur les arrangements avec son réalisateur, Jean Massicotte. «On créait quelque chose avec Jean, puis on le laissait respirer, simplement, pour voir si ça sonnerait toujours bien quand on y reviendrait, explique-t-elle d’une voix douce et posée au bout du fil. Mais le processus de création est encore quelque chose de franchement mystérieux pour moi. Je lisais Rainer Maria Rilke, l’autre jour, et il écrivait que c’était important de ne pas trop analyser pour ne pas perdre l’innocence et la splendeur du processus. Alors j’essaie de ne pas trop y penser.»

Une chose est claire, toutefois: les voyages d’Alejandra Ribera teintent ses chansons. «J’écris beaucoup plus quand je suis en voyage, parce que tous mes sens sont en éveil, décrit-elle. Je ne peux pas me mettre sur le pilote automatique, puisque rien ne fonctionne comme à la maison, même l’endroit où on dépose ses pièces de monnaie dans l’autobus n’est pas le même; de fait, on remarque des choses qu’on n’aurait pas forcément observées en temps normal. C’est comme si on cuisinait avec de nouveaux ingrédients. Donc j’écris, j’écris, puis je laisse mes textes de côté pendant un an ou deux, et quand j’y reviens, c’est comme s’ils se structuraient eux-mêmes en chansons. Comme des bulles d’air qui émergeraient à la surface de l’eau.»

Née d’un père argentin et d’une mère écossaise, l’artiste raconte qu’elle a vécu une expérience très profonde dans le pays de cette dernière. «Les paysages, l’immensité, tout cela a eu un très grand impact sur moi, dit-elle. Souvent, quand j’écris, c’est très visuel, un peu comme si je peignais un tableau dans mon esprit, jusqu’à ce que ça sorte en mots et s’associe à une instrumentation qui reflète le paysage que j’avais en tête.»

La langue choisie pour ses chansons n’est pas étrangère aux voyages non plus, raconte celle qui a souvent été comparée à Lhasa. Par exemple, les pièces en espagnol de son album ont été écrites quand elle était en Espagne. «Ce n’était pas conscient, c’est arrivé comme ça, précise-t-elle. Et si l’espagnol était la langue que je parlais le plus souvent quand j’étais enfant, je l’ai perdue quand je suis arrivée au Canada et que j’ai arrêté de la parler parce que mon père n’était plus là. Il y a donc une distance avec cette langue, et ces chansons en espagnol parlent d’une période très douloureuse de ma vie, de la fin d’une relation. C’était trop intime, les émotions étaient trop intenses pour en parler en anglais. Et puis écrire en espagnol permet d’être un peu plus dramatique; on peut chanter des choses en espagnol qui auraient l’air un peu idiotes en anglais. De la même façon que l’opéra, par exemple, permet de dire certaines choses qui ne fonctionneraient pas dans une chanson folk.»

Une chanson à moitié en anglais, à moitié en français (en duo avec Arthur H) vient faire un clin d’œil à la vie bilingue montréalaise d’Alejandra, qui se dit d’ailleurs très excitée de se produire au FIJM. «Avec mes deux musiciens, nous dépouillerons les chansons au maximum, dit-elle de son concert. Ça va donner quelque chose de très exposé, de très intime. Et de très intense! rigole-elle. Les chansons sonnent parfois encore plus complètes quand elles sont minimalistes que quand on les joue avec un grand groupe de musiciens. Mais d’une façon ou d’une autre, je trouve tellement fantastique que les gens prennent le temps de venir nous écouter. Je crois que l’écoute est l’acte le plus généreux qu’on puisse poser. Dans une conversation tout comme en musique.»

Alejandra Ribera
Au Club Soda
Ce jeudi soir à 19h

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