Rolline Laporte Michel Vézina

Mercredi soir au Lion d’Or, les éditions Coups de tête fêteront leurs cinq ans en faisant un party ouvert au public. «Je veux que tout le monde sorte de là soul!» lance Michel Vézina.

Il y a cinq ans naissait Coups de tête, une maison d’édition qui a publié  François Barcelo, Edouard H. Bond, Maxime Catellier, Geneviève Drolet, les chroniques de Sunny Duval, le dernier Nelly Arcand… On en passe, et des bons. Une maison hors-norme qui a étonné, fasciné, bousculé. «On s’est créé une niche que personne n’attendait», commente Michel Vézina, le fondateur de Coups de tête.

L’imposant auteur et éditeur qui n’a peur de rien s’apprête à fêter les cinq ans de cette maison qu’il a créée et qu’il dirige. Cet anniversaire coïncide avec la sortie des Derniers vivants, ultime tome de la novatrice série à cinq mains Élise. «C’est presque un miracle que Coups de tête tienne toujours. C’était un pari assez fou!» lance-t-il, pas peu fier du chemin parcouru.

Ce qui le réjouit le plus? Avoir développé une maison «qui possède son propre style». «Il y a deux ans, Chantal Guy a écrit dans La Presse que Patrick Senécal allait “faire un Coup de tête”. Allait “faire un Coup de tête”?! Wow! On ne dit pas que “Machin va faire un Boréal” ou que “Machinette va faire un Leméac”! Ça, ç’a été un moment décisif pour moi», confie l’éditeur.

En cette heure de party et de bilan, Vézina affirme aussi que cinq ans, pour lui, «ça veut dire go». «Je veux changer le monde», remarque-t-il. Simple de même. Mais s’il reste une chose sur laquelle il dit devoir travailler, c’est l’image de son bébé. Hyper cool aux yeux de certains, trop trash selon plusieurs autres, Coups de tête a parfois été victime d’idées préconçues.

«Au début, on l’a vendue de bien des manières. On a dit que c’était une maison pour les jeunes hommes qui ne lisaient pas, ce qui est vrai pour certains titres. On a dit aussi que c’étaient des romans brefs, ce qui est parfois exact. Mais on a souvent dit que c’était une maison de genre, et ça, je n’aime pas. Parce que ça nous peinture dans le coin, comme on dit en bon québécois.»

S’il y a une chose dont Michel Vézina peut être fier, c’est de l’amour avec lequel il défend ses auteurs. «C’est une responsabilité», remarque-t-il. Et ce n’est pas de la frime. Il est question de Noir Kassad, par exemple, signé par celui qu’il qualifie d’«une des plus grandes plumes du Québec», Alain Ulysse Tremblay. «Personne ne pourra me convaincre que ce n’est pas un chef-d’œuvre!» lance-t-il. «On va peut-être en vendre 300 exemplaires, mais ce n’est pas grave, c’est de la haute voltige. Écrire ça, c’est jongler avec la mort!!!»

Son cercle d’écrivains peut se targuer d’être un groupe tissé serré, une bande. «J’ai toujours aimé l’effet écurie. Le côté gang de presque bandits, comme une bande de motards, lance-t-il, passionné. Moi, j’ai toujours fonctionné en équipe. Le graphiste, ça fait 12 ans qu’on travaille ensemble, les réviseurs aussi… Laurent Chabin a publié six ou sept livres chez nous, Alain Ulysse Tremblay en a fait cinq.»

Reste que, lorsqu’on lui demande si, en plus de donner au public le goût de lire, il sent qu’il a donné à ses auteurs le goût d’écrire, il répond franchement : «Je ne suis pas certain qu’on ait donné aux gens l’envie de lire. Il y a encore un flou autour de l’image qu’on projette. On nous voit encore comme une bande de bizarroïdes qui font des romans d’horreur gore.»

Mais ceux qui suivent et lisent les offrandes de la maison savent que les bouquins publiés chez Coups de tête, c’est tellement plus que ça. «On a de beaux personnages qui font rêver. Plus grands que nature. C’est vrai qu’il y en a qui peuvent avoir commis des gestes répréhensibles, mais ils méritent qu’on s’attarde à leur histoire», observe Vézina. «Et puis, ce qui est important, c’est que les auteurs savent qu’ils peuvent s’exprimer chez nous.» Un vrai gage de liberté.

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