TORONTO – Peu de jeunes réalisateurs peuvent se vanter d’être des habitués du prestigieux Festival de Cannes.

Chloé Robichaud en est une. Même si elle n’est âgée de 24 ans, la réalisatrice montréalaise présentera un troisième film à Cannes, un court-métrage de 13 minutes intitulé «Chef de Meute».

Mais pour la première fois, elle se retrouve en lice pour la convoitée Palme d’or remise au meilleur court-métrage. Elle-même se dit plutôt surprise par la tournure des événements. «Il y a tant de candidatures de courts-métrages pour la compétition officielle. Cela a toujours été un rêve pour moi de réussir à obtenir une place en compétition officielle. (Mais) il était encore trop tôt pour dire: ‘OK, je vais y arriver à 24 ans’. C’est une belle surprise.»

Robichaud a fait ses premiers pas sur la Croisette en 2010 alors que son film «Mon non plus» avait été sélectionné dans le volet Short Film Corner, dans lequel les réalisateurs peuvent rencontrer des producteurs et obtenir une certaine couverture internationale.

Elle y est revenue en 2011 alors que «Nature morte» était choisie dans la sélection «Courts du Québec» présentée par la SODEC.

La cinéaste raconte avoir pleuré et ri en apprenant qu’elle avait été choisie pour la compétition officielle. Elle sera en lice avec des collègues turc, syrien, allemand, français, américain, belge, australien, porto-ricain et néo-zélandais.

D’autres Canadiens se retrouvent également à Cannes. David Cronenbeg présentera «Cosmopolis», un thriller, en compétition officielle. Son fils Brandon montrera son premier long-métrage, «Antiviral» dans la catégorie Un Certain Regard. Il n’y sera pas seul puisque le Québécois Xavier Dolan y présentera son troisième film, «Laurence Anyways».

Le film de Robichaud, un mélange de drame et de comédie, raconte l’histoire d’une trentenaire nommée Clara qui fait face à la pression de sa famille pour se trouver un mari et se ranger. Quand sa tante meurt soudainement, elle doit alors s’occuper du chien de la défunte, ce qui l’oblige à mieux contrôler sa vie.

«J’ai eu un chien, il y a deux ans, et je suis passée au travers du même processus», dit la réalisatrice, ajoutant qu’elle s’était procuré l’animal auprès d’un éleveur.

Elle a dû céder le chiot à une famille qui pouvait mieux s’en occuper. «Avec un chien, il faut montrer que vous êtes un leader et qu’en conséquence, il doit vous respecter. J’ai gardé l’idée et je l’ai infusée dans un personnage. Elle doit atteindre le même objectif mais avec sa famille.»

Le chien que l’on voit dans le film est… l’ancien protégé de Robichaud. Il a maintenant trois ans et semble se diriger vers le vedettariat, plaisante-t-elle.

La réalisatrice qualifie son approche cinématographique de «vraiment minimaliste». Elle se dit attirée par le thème du passage à l’âge adulte. Son film précédent racontait déjà l’histoire d’une jeune femme qui éprouvait de la difficulté à établir son indépendance.

«Je veux faire des films optimistes, ajoute-t-elle. À la fin, souvent, le personnage réalise qu’elle doit prendre sa place dans la vie. C’est un thème récurrent dans mon oeuvre. Il y a tant de films pessimistes dans notre cinéma, ce qui est bien. Mais je veux proposer quelque chose de plus optimiste.»

Robichaud reconnaît que la bourse que lui a remise l’Université Concordia lui a donné confiance pour tourner son troisième film, dont le budget s’élevait à 2000$, à Montréal.

Elle prévoit demeurer deux semaines à Cannes avec la vedette de son film, Ève Duranceau, et ses deux producteurs.

«Je veux vraiment vivre (cette expérience), vous savez», a-t-elle dit. C’est la première fois que nous sommes en compétition officielle, alors on s’est dit: ‘Pourquoi pas, nous y irons et vivrons cette expérience du début à la fin’.»

Ce séjour lui donnera beaucoup de temps pour poser les bases de ses ambitions cinématographiques.

Robichaud compte promouvoir son premier long métrage, «Sarah préfère la course», racontant l’histoire d’une vedette d’athlétisme de 20 ans qui est invitée à se joindre au meilleur club montréalais.

«Mais comme elle n’a pas l’argent pour aller à cette université, elle décide d’épouser un ami et obtenir de meilleurs prêts du gouvernement. Mais vous savez, le mariage, c’est plus qu’un mot. Cela aura quelques conséquence pour elle.»

Le tournage du film doit débuter à Montréal en août.

Robichaud espère que sa présence dans une compétition officielle attirera les regards d’organisateurs de festival et même d’acheteurs. «Bien sûr, mon rêve serait de voir mon premier long-métrage être présenté à Cannes, l’an prochain. (D’ailleurs), je vais leur dire que je vais revenir avec un long-métrage l’an prochain», promet-elle.

Le Festival de Cannes s’ouvre mercredi. La cérémonie de remise des prix se déroulera le 27 mai.

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